A LIEGE
Il Trovatore de Verdi
Hasard ou manque de coordination? La Belgique a droit, cette saison, à deux Trouvère, l’Opéra Royal de Wallonie inaugurant la sienne par cet opéra célèbre, La Monnaie la concluant en juin 2012. Voilà qui promet une belle comparaison. Oeuvre célèbre? Oui, célébrissime par ses quatre rôles exigeants et surtout par une cascade de tubes populaires (récit de Ferrando, air d’entrée d’Azucena, choeur des enclumes, air amoureux du comte de Luna, cabalette héroïque de Manrico, Miserere etc). Par son intrigue incompréhensible aussi. La mise en scène de Stefano Vizioli, avec sa linéarité exemplaire, se situe à contre-courant des multiples transpositions habituelles d’aujourd’hui. Totalement fidèle au texte, elle est tellement conventionnelle que l’on se croirait souvent devant un concert en costumes. En souffrent surtout les scènes de masse qui confinent parfois au grotesque, comme celle, si vivante, qui ouvre le troisième acte, avec ces danseurs-catcheurs ridicules mimant un combat. Nous ne sommes plus dans les années '70, que je sache: la tradition a du bon, certes, mais pas quand elle se résume à la plus simple illustration. C’est en vain que le spectateur attend une certaine vision du drame. Le “regietheater” a ses exagérations, sans doute, mais la platitude n’est pas son exclusivité, apparemment. Côté musical par contre, rien à redire. Au contraire, tout ou presque est à applaudir. Couple vedette superbe, supérieur à ce qu’il a offert lors du récent Otello. Rôle en or, Manrico a trouvé en Fabio Armiliato un interprète idéal, douloureux, humain, parfait jusqu’aux contre-ut de “Di quella pira”. Son épouse à la ville, Daniella Dessi, a campé une fière incarnation de Leonora, culminant dans sa grande scène du quatrième acte, intégralement sublime (formidable Miserere). Giovanni Meoni -qui fut Iago- donna un Luna très varié, comme son personnage, alliant fureur rentrée et tendresse intense. Dès son récit initial, Luciano Montanaro est Ferrando, point trop bourru et bon soldat. Mais c’est peut-être la gitane Azucena d’Ann McMahon Quintero qui recueillit le plus de suffrages. Timbre plus clair que d’habitude, envoûtante présence scénique: à chaque apparition, elle électrise le plateau. Un mot encore, et très chaleureux, sur l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, en forme étincelante. Sous la direction très précise et attentive de son directeur musical Paolo Arrivabeni, il a véritablement ébloui. Les bassons en particulier (on les cite si rarement), mais les clarinettes aussi par exemple, se sont couverts de gloire (air d’Azucena, prélude IV), et l’impeccable fini des cordes a médusé par sa virtuosité éblouissante, jusque dans les traits les moins spectaculaires. Un très grand bravo! Conclusion: malgré une mise en scène trop peu attractive, un très grand moment musical, tant vocal qu’instrumental. La Monnaie devra faire fort, en juin.
Bruno Peeters
Liège, Palais Opéra, 15 septembre 2011


A l'Air Libre