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Alors qu’une œuvre aussi sensuelle et fascinante qu’Eliogabalo, ressuscitée par René Jacobs à la Monnaie en 2004, attend toujours d’être enregistrée, on se demande si cette Artemisia, bien que présentée comme un des opéras les populaires du vivant de Cavalli, méritait vraiment cet honneur. Enième variation sur le thème de l’amour impossible, le livret de Nicolo Minato met en scène la souveraine Artemisia qui, au décès de son époux Mausolo, décide de lui rendre hommage en érigeant un mausolée (une des sept merveilles du monde antique), boit ses cendres et jure de se venger de son assassin présumé, Meraspe. Or, voici qu’elle s’éprend de ce dernier, travesti en plébéien sous le nom de Clitarco! Ecartelée entre le devoir, son rang et sa passion, elle ignore le principal obstacle à cette liaison trop coupable et ses atermoiements supplicient l’infortuné Meraspe qui ne sait plus sur quel pied danser. Interprète maladroit de la tradition vénitienne, Minato introduit deux autres couples et l’inévitable nourrice, figure censément drôle, mais il en résulte une action trop touffue, statique et privée d’épine dorsale dont les fils ne commencent de se tendre qu’au troisième acte -trop tard, faut-il le préciser. On a connu Cavalli plus inspiré, en particulier dans les lamenti où d’ordinaire il excelle, et quelques jolies trouvailles, surtout dans ce dernier acte -l’Aria con eco (double) d’Eurillo (II, 6), la seule qu’il ait jamais composée, la berceuse de Meraspe (Aure, tacete, III, 12) et sa plainte éperdue (Respiri, chiudete, III, 17) , la fureur d’Artemia contre elle-même (De gli abissi profondissimi, III, 13)- ne suffisent pas à maintenir notre attention en éveil. Les ritournelles sont rares et n’irriguent guère les steppes de récitatifs, pour reprendre une formule célèbre, qui, en outre, pâtissent d’un continuo indigent et morne et, surtout, d’un déficit dramatique rédhibitoire. Le passage au disque reste une épreuve extrêmement périlleuse pour ce qui relève avant tout du théâtre, certes habillé de musique, mais où le verbe domine sans partage et exige un vrai talent d’acteur. Si la Venexiana jouit d’une solide réputation dans le domaine du madrigal, le savoir-faire de Claudio Cavina ne lui est d’aucun secours dans le drama in musica et l’animation du recitar cantando, cette déclamation subtile qui peut très vite se figer et verser dans un ennui mortel. Seule Francesca Lombardi Mazzulli, dans le rôle-titre, réussit une incarnation, de bout en bout, frémissante et crédible. Artemisia aligne cinq rôles de sopranos que l’auditeur doit pouvoir, au disque plus encore qu’à la scène, identifier immédiatement, comme par exemple les quatre ténors du Retour d’Ulysse. Or, à l’exception de Roberta Mameli, dotée d’un timbre plus personnel mais aussi d’un trémolo parfois envahissant, les autres ont des voix trop semblables, fraîches et pointues. En Meraspe, le jeune contre-ténor néerlandais Maarten Engeltjes affiche un métal agréable mais aussi une mollesse irritante, une performance, hélas, emblématique de cette réalisation qui manque cruellement de nerf, d’urgence, de brio, y compris dans la vis comica.

Bernard Schreuders

 

 

 

Francesco CAVALLI

(1660-1725)

 

Artemisia

 

Francesca Lombardi MAZZULLI (Artemisia), Roberta MAMELI (Artemia),

Valentina COLADONATO (Oronta), Maarten ENGELTJES (Meraspe), Andrea

ARRIVABENE (Alindo), Marina BARTOLI (Ramiro), Silvia FRIGATO (Eurillo),

Salvo VITALE (Indamoro), Alberto ALLEGREZZA (Erisbe), Alessandro GIANGRANDE (Niso)

La Venexiana, Claudio CAVINA (direction)

 

2011 – DDD – 58’50, 40’02, 49’15 –  Textes de présentation en anglais, allemand, espagnol et français, texte chanté en italien et anglais – GLOSSA GCD 920918

 

Son 8 - Livret 7 - Répertoire 7
Interprétation 6

 

 

 

 

 

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