
BRUXELLES
Philippe Jaroussky au Palais des Beaux-Arts
EVVICA HAENDEL !
Un public très nombreux se pressait salle Henry Le Bœuf - il fallut même ajouter des sièges à l’arrière de la scène – pour y écouter Haendel interprété par Philippe Jaroussky et le Freiburger Barockorchester . Ce trinôme était prometteur… il a tenu toutes ses promesses ! Dès l’ouverture de Riccardo primo, re d’Inghilterra l’orchestre montrait couleur, cohésion sans faille, son magnifique et dynamisme généreux. Petra Müllejans dirige depuis son pupitre de premier violon, très impliquée physiquement elle se plie, ondule, se détend pour conduire ses collègues. Le résultat est subjuguant et justifie bien cette attitude que d’aucuns pourraient trouver exagérée. Le dernier accord de l’ouverture à peine entamé, Philippe Jaroussky entre en scène et se lance dans les éléments déchaînés de Agitato da fiere tempeste extrait de Oreste. La conduite et la maîtrise de la voix, l’intelligence du texte, la musicalité débordante accompagnent une théâtralité de bon aloi. Quelques colorature sont lancées avant l’accord final avec un naturel et une apparente facilité qui ajoutent à la séduction. L’atmosphère de Ho perso il caro ben extrait de Parnasso in festa, était tout autre, une douleur poignante y étant exprimée avec justesse de ton en ayant recours à une large palette de nuances tout en soignant particulièrement la couleur des mots (p.ex. dolor). Pour que le soliste puisse jouir d’un repos bien mérité, les Freiburger offrirent ensuite une lecture irrésistible du Concerto grosso op.6/6 dans sa version avec deux hautbois. Nuances, agogique, tout contribuait à une véritable fête qui fut appréciée et applaudie. Profitons de l’occasion pour dire combien on était ravi de retrouver un ensemble baroque d’une vingtaine de musiciens et de goûter à nouveau aux avantages, notamment en matière de nuances, que cela peut offrir en ces temps où de tels ensembles sont souvent réduits – pour les cordes s’entend - à un ou deux instruments par parties. Cette dernière option peut se justifier dans certains cas (ou par la crise ?) mais certainement pas pour les oratorios et opéras de Haendel qui étaient joués par un nombre conséquent de musiciens. Cette pause instrumentale fut suivie par la délicatesse de Se potessero i sospiri miei extrait de Imeneo et par la pyrotechnie de Con l’ali di costanza de Ariodante, aria prise à bras le corps avec une énergie débordante. L’angue offeso mai riposa tiré de Giulio Cesare inaugurait la seconde partie de la soirée, belle occasion de déployer un lyrisme distingué, lyrisme que l’on devait ensuite retrouver dans la tendresse infinie, si merveilleusement traduite de Mi lusinga il dolce affetto extrait de Alcina. Commençée au seul luth, la Sarabande de Almira mit à nouveau en lumière le superbe travail orchestral. Si beaucoup étaient venus pour Jaroussky, beaucoup s’en sont certainement retournés avec des beaux souvenirs à la fois du chanteur et des instrumentistes. Le programme se terminait par l’émouvant Ombra cara de Radamisto et par la nécessaire pyrotechnie de fin de concert Come nubbe che fugge dal vento de Agrippina chanté avec une facilité confondante. Tant de si belles émotions ne suffirent pas à combler le public qui eut ensuite, au gré des rappels, droit à un air écrit par Porpora pour Farinelli, à un extrait de Rinaldo (retour apprécié à Haendel) et enfin... (vous avez deviné !) Ombra mai fu en guise d’au revoir. Jaroussky et les Freiburger nous ont guidé avec le concours de Haendel sur un chemin inoubliable de merveilles.
Alain Derouane
Bozar Music, Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le 6 décembre 2011

A l'Air Libre