A PARIS
LA CLEMENCE DE TITUS
Reprises, reprises... Ne vaut-il pas mieux permettre à ceux qui n'y ont pas assisté en 1994 de retrouver l'oeuvre de Mozart dans une mise en scène (Willy Decker) équilibrée plutôt que de flatter une fois de plus le goût de la provocation responsable de tant de gachis? D'ailleurs, que le travail de Ponelle soit repris depuis un quart de siècle tout comme celui de William Cristie/Villegier mécéné par un amateur nostalgique de 1986, personne ne trouve à y redire! Car il est bien vrai que tout dépend de la qualité de la reprise. Et, ici, le public est comblé au point de réclamer plusieurs rappels. L'idée "monumentale" de la statue impériale qui naît du bloc de marbre central au fur et à mesure des renoncements de Titus jusqu'à sa solitude finale -sans être très légère- n'entre pas en contradiction avec le propos des auteurs. La circulation en arc autour de ce pivot se prête aux confrontations, alternant souplement ensembles, choeurs et arias tandis que les costumes bienvenus (John Macfarlane), sobrement éclairés (Hans Toelstede), jouent le symbolisme des couleurs et des allusions (coiffures de popes ou XVIIIe siècle, toges ou robes de Cour, blanc, noir, gris, jaune ou écarlate). Le beau livret initiatique de Métastase revu par Mazzolà venant parachever la grande Trilogie de Da Ponte est respecté par la mise en scène. Ainsi fait-il apparaître en pleine lumière ses thèmes majeurs: le pardon, la liberté, la fraternité. Qui dit reprise dit nouvelle distribution. Le timbre et la diction du rôle titre (Klaus Florian Vogt) déconcerte de prime abord. La conviction de l'acteur, sa sincérité, son assurance venant au fur et à mesure des actes révèlent un héros lumineux, vulnérable et puissamment émouvant. Emotion plus saissisante encore chez le Sesto de Stéphanie d'Oustrac, déjà déchiré et vaincu lorsqu'il apparaît. L'émission plus couverte, le timbre mat (étonnante métamorphose depuis Armide) et la vérité scénique fixent pour longtemps dans la mémoire cette incarnation de Sextus. Le couple apollinien, Annio (Allyson MCHardy) et Servilia ( Amel Brahim-Djelloul) rayonne de jeunesse, de fermeté, de grâce légère. Quant aux "méchants", la virtuosité incisive de Vitellia trouve en Hibla Gerzmava une interprète de premier ordre -même si l'on peut préférer, en contrepartie de moyens plus modestes, une dimension de noblesse blessée- remplacée ici par une fastueuse sauvagerie maîtrisée jusque dans les nuances les plus fines.Dramatiquement, une rédemption spectaculaire et, musicalement, du vrai "bel canto" mozartien! Balit Szabo donne dignité et noirceur à Publio. Les choeurs, importants, se fondent dans la dynamique d'ensemble. Aux petits soins pour son plateau, tour à tour vif et changeant, suspendu, le chef Adam Fischer sait mettre en valeur ensembles, duos, trios autant que les pupîtres solistes d'un orchestre de l'opéra très attentif et réactif. L'humanité du chef d'oeuvre ultime de Mozart se révèle dans toute sa force grâce à l'ensemble d'une réalisation portée par l'amour du compositeur. De petits "Trissotins" parisiens se sont, paraît-il, ennuyés. On ne peut rien contre la bêtise... écrivait Debussy.
Bénédicte Palaux Simonnet
Paris, Palais Garnier, le 15 septembre 2011

A l'Air Libre