A LYON
LE NEZ 

 

La coproduction avec le Metropolitan de New York et le Festival d’Aix en Provence est finalement arrivée à Lyon: Le Nez, opéra en trois actes et un épilogue de Dmitri Chostakovitch, d’après Le Nez de Gogol dans la mise en scène de l’homme de théâtre sud-africain William Kentridge. Comme à New York et Aix, la production étourdissante a été accueillie avec enthousiasme. Il est difficile de résister à ce spectacle virtuose, débordant de fantaisie, satire folle et dévastatrice où théâtre et vidéo s’unissent parfaitement. Kentridge a situé l’action dans la période de la création de l’opéra (1930), ce qui permet de constantes références à l’ère stalinienne. Kentridge nous submerge d’images: films d’époque, textes de propagande soviétique, caricatures, coupures de journaux, portraits de Staline, Chostakovitch au piano,… décors d'une action constante et réglée jusqu’au moindre détail. Les interprètes ont été très bien choisis et tous les membres de la distribution impressionnante fusionnent parfaitement dans un univers loufoque et grinçant, humoristique et corrosif et un jeu mené avec une verve époustouflante dans la scénographie fantastique de William Kentridge et Sabine Theunissen. De cette distribution homogène, engagée et principalement composée d’artistes russes, il faut épingler Vladimir Samsonov en Kovaliov, le petit fonctionnaire qui éprouve l’horreur de ne pas retrouver son nez au centre de son visage et nous conte ses malheurs d’une voix robuste. Le Nez a l’assurance scénique et vocale de Alexandre Kravets. Vladimir Ognovenko est le Barbier coupable de la disparition du nez et Vasily Efimov est parfait en domestique Ivan. Andrey Popov campe un inoubliable Sergent de quartier à la voix percutante. Il y a le Docteur savoureux de Gennady Bezzubenkov et la Pelagueia caricaturale de Margarita Nekrasova, etc. Les chœurs de l’Opéra de Lyon s’intégrent parfaitement à l’ensemble et participent avec enthousiasme à l’action. Avec l’Orchestre de l’Opéra, bien en forme, Kazushi Ono propose une interprétation analytique de la partition, pleine de nuances, plus moqueuse que violente mais en parfaite adéquation avec la mise en scène, conférant aussi, musicalement, tout l'élan requis pour ce spectacle.

Erna Metdepenninghen
Lyon, Opéra National, le 8 octobre 2011

 

 


858688899091939596 COUV97 COUV

A l'Air Libre