
A LIEGE
Le NOZZE DI FIGARO
Quinze ans après… Philippe Sireuil reprend sa mise en scène et adapte pour le Palais-Opéra en Outremeuse cette oeuvre qui, à ses dires, allie "la trivialité potache à la poésie cristalline, l’action comique au suspens tragique". Beau mozartien, il avait frappé alors, et frappe toujours. Par une grande pertinence dans l’analyse des sentiments et une économie suprême d’effets, au risque de paraître parfois trop sobre. En ce sens, il joue à fond la théâtralité intérieure: le décor (Didier Payen) n’est que celui des débats amoureux: une simple rotonde en demi-cercle, jouant avec la lumière orangée au moyen de volets ouverts ou refermés par les acteurs au gré de leurs sentiments. Seul le dernier acte, au gai (à l’inquiétant?) parterre de tournesols, amènera la fin joyeuse mais douce-amère, de cette "folle journée". Avant de détailler la prestation des chanteurs, qu’il me soit permis de louer l’orchestre, très en forme sous l’alerte baguette de ce grand mozartien qu’est Christian Zacharias, fort applaudi. Un grand bravo aussi au claveciniste, parfait dans les récitatifs secco. Après un départ un rien trop lent qui ralentit la verve du premier acte, il prit rapidement le large pour conduire toute la troupe à bon port, avec un troisième acte particulièrement réussi (sextuor, duo, noces elles-mêmes). Si le Figaro de Mario Cassi a pu paraître un peu éteint, le Comte de Wiard Witholt prit vite ses marques, et joua de sa jeunesse et…de sa taille, tout comme le Cherubino de Jennifer Rivera. Excellents Bartolo et Basilio, gentilles Marcellina et Barbarina. Mais les deux stars de la soirée furent sans discussion la Comtesse et Susanna. Le beau timbre de Cinzia Forte offrit une Rosina plus puissante et sonore, et "Dove sono" ravit le public. Quant à Anne-Catherine Gillet, l’enfant du pays, qui débuta ici même dans le rôle de Barbarina il y a quinze ans, elle se couvrit de gloire. Sa Susanna, digne d’Irmgard Seefried, fit chavirer l’auditoire, de son premier duo jusqu’au sublime "Air des marronniers". Le dernier acte, à cet égard, était empreint d’une émotion telle que tous ont retenu leur souffle lorsque le Comte a, lentement, fait un pas vers son épouse avant d’avouer: "Contessa, perdono". Un grand moment d’émotion mozartienne qui unit on ne peut mieux théâtre et musique.
Bruno Peeters
Liège, Palais-Opéra, le 21 octobre 2011

A l'Air Libre