Alors même qu’il est un des compositeurs les plus prolixes du XXe siècle, Bohuslav Martinu n’a abordé la symphonie proprement dite qu’en 1942, donc lorsqu’il avait déjà plus de cinquante ans, et après avoir écrit des dizaines d’œuvres à caractère symphonique. Et sans doute ne s’y serait-il jamais intéressé si les circonstances de la vie ne l’avaient pas contraint à s’établir aux Etats-Unis et si, à Boston, Serge Koussevitski, ne lui avait pas expressément commandé une œuvre pour grand orchestre. Comble de (fausse?) modestie: sur le moment même, il aurait déclaré qu’il se sentait "insuffisamment préparé" pour cette tâche, avant de s’y atteler très vite et de donner, en novembre 1942, une remarquable Première symphonie -une œuvre tourbillonnante à souhait, très caractéristique de sa manière d’écrire, un langage qu’on n’éprouve jamais aucune peine à reconnaître et qui, dès les toutes premières mesures, a le pouvoir de capter l’attention. Dans la foulée, Bohuslav Martinu aura composé quatre autres symphonies, successivement en 1943, en 1944, en 1945 et en 1947, puis une dernière qu’il aura commencée à New York en 1951, mais qu’il n’aura achevée que deux années plus tard, après son retour en Europe. La Deuxième, la Troisième, la Quatrième et la Cinquième ne sont pour ainsi dire que des suites, des variations, des prolongements et des extensions de la Première. Un peu comme si Bohuslav Martinu n’avait écrit là qu’une seule et même gigantesque partition, mais qu’il l’avait divisée en cinq parties distinctes, chacune correspondant à un moment précis de son itinéraire créatif. Quant à la Sixième, elle est la liberté même, un formidable bouquet musical, pétillant, coloré, à la fois toujours logique et toujours imprévisible, toujours rationnel et toujours fantasque, peut-être le chef-d’œuvre de ce cycle qu’on ne joue malheureusement guère dans les salles de concert et dans les festivals. Pas plus, il est vrai, qu’on ne joue les quatre symphonies d’Albert Roussel, le grand mentor de Bohuslav Martinu, le maître sans lequel il ne serait probablement pas devenu un formidable compositeur. Un cycle que le BBC Symphony Orchestra fort bien dirigé par Jiri Belohlavek fait vibrer avec beaucoup de brio et de justesse.

BOHUSLAV MARTINU
(1890 - 1959)
LES SIX SYMPHONIES
BBC Symphony Orchestra, dir. : Jiri BELOHLAVEK
2011-DDD-62’ 01’’, 64’ 27’’ et 56’ 22’’-Texte de présentation en anglais, allemand et français-Onyx 4061
