A priori, en réunissant au disque les Symphonies n°3 et 4 de Félix Mendelssohn, Heinz Holliger ne fait pas preuve d’une originalité folle. Cependant, dès lors que c'est la version révisée de l’Italienne qui nous est proposée, l'entreprise gagne en intérêt. En effet, au terme de la première exécution de l’œuvre (le 13 mai 1833, à Londres), Mendelssohn ne trouva pas sa partition satisfaisante. Il entreprit donc de la remanier dans les mois qui suivirent, interrompant son travail en juin 1834 sans avoir eu le temps (et/ou l’inspiration) d’intervenir sur l’Allegro vivace initial. Devant l’impossibilité de doter sa symphonie d’un premier mouvement qui lui convînt, Mendelssohn la rejeta complètement en 1841. Elle fut publiée dix ans plus tard, à titre posthume, dans l’état de la création londonienne et est encore jouée sous cette forme aujourd’hui. C’est à l’édition de la version révisée de 1833/34 publiée par John Michael Cooper en 2001 (!) que Holliger a choisi de revenir expliquant que "le public reconnaîtra certes les mélodies et les thèmes, mais Mendelssohn les place dans des contextes différents. Il combine les mélodies en contrepoint avec des voix d’accompagnement tout autres". Si elle a déjà été superbement enregistrée par Gardiner (DG), entre autres, le jeu en vaut encore la chandelle, d’autant que la présente interprétation est très réussie. Utilisant des timbales anciennes et évitant le vibrato systématique des cordes, Holliger peint un magnifique tableau et, entre accents tranchés et battue vigoureuse, décape vraiment la partition. Mais c’est pour nous l'Ecossaise qui rend ce disque encore plus précieux. Des phrasés incroyablement bien dessinés à la vitalité inénarrable des mouvements rapides (jamais l’indication vivacissimo qui accompagne l’allegro final n’aura ainsi été prise au pied de la lettre!), seuls quelques rubatos un peu téléphonés entachent (très) légèrement cette lecture formidable de dégradés de couleurs. Quoi que très bon et réactif aux partis pris géniaux du chef, le Musikkollegium Winthertur semble un rien moins idéal que l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, dont la musique de Mendelssohn est la langue maternelle et qui aurait hissé cette lecture sur la première marche du podium discographique. Il s’en est fallu de peu…

Nicolas Derny       

Félix MENDELSSOHN
(1809 - 1847)           

SYMPHONIES N°3 ET 4

MUSIKKOLLEGIUM WINTERTHUR, dir.: Heinz HOLLIGER

2011- DDD- 67’33’’- Texte de présentation en anglais, français et allemand- MDG- MDG901 1663-6

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10  
Interprétation 10

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