A PARIS

Concours International de Chant - Piano Nadia et Lili Boulanger

 

Affluence record au 6e Concours international de Chant-Piano Nadia et Lili Boulanger: en cette fin novembre, toute la fine fleur de la "musique française" s'est donné rendez-vous rue du Conservatoire. Dépoussiéré, enfin délivré de ce maniérisme suranné trop longtemps de rigueur, le répertoire mélodique chanté aussi bien en espagnol, italien, russe, tchèque, allemand, anglais qu'évidemment en français, énoncé avec une diction bien meilleure, allant de Bach à Saariaho en abordant nombre de raretés (Delage, Vierne) éclate de vie, de charme.

La symbiose voix-piano s'est faite plus étroite, plus naturelle que lors des précédentes éditions. On remarque d'excellents pianistes tel le Canadien Michekl-Alexandre Broekaert, l'Espagnole Anna Cardonna-Esteva ou la Française Marion Julien. Très belles voix aussi que l'on réentendra à coup sûr (certaines éliminées manquant sans doute d'expérience), Héloïse Mas, Marion Gomar, côté français, Valentina Vanini, côté transalpin. Certitude d'une carrière déjà bien engagée pour la radieuse Irlandaise Sarah Powers et des tempéraments tel Benjamin Mayenobe-Julien, bon acteur inquiétant à souhait.

 

Le Palmarès attribue fort justement les récompenses: dès la première épreuve, le Polonais Marek Ruszczynski, Prix de piano/Académie musicale de Villecroze, intense, à l'affût, physiquement impliqué, formidable musicien impressionnait tant chez Fauré que Bach (Meine Seel' erhebt) ou Wolf (An eine Äolsharfe) par sa clarté et sa poésie. Son excellent partenaire, le baryton allemand Martin Hässler a été pénalisé par la fatigue et un choix de programme de finale un peu uniformément sérieux. C'est qu'il avait affaire à forte partie: le tout jeune baryton allemand, Andréas Beinhauer (23 ans) -en duo avec Mélanie Kluger, impérial chez Schubert et Wolf, poète chez Louis Vierne, expressif dans chaque style; ensuite, et surtout, le lauréat du Prix de Chant, le baryton-basse Damien Pass (27 ans) d'origine australienne, déjà sur scène à l'Opéra de Paris, qui réunit toutes les qualités: chaleur d'un timbre riche en harmoniques dont il sait exploiter les plus infimes couleurs. Il ose en demi-finale la Danseuse épurée du dernier Fauré et un Martin pêcheur de Ravel dessiné avec sensibilité, avant de tout balayer sur son passage avec un Black Max (William Bolcom) d'anthologie. Génie scénique, musicalité, expérience... En dépit d'un programme moins subtil en finale, une récompense hautement méritée. Parcours inverse, tout en douceur pour le duo lauréat du Prix Chant-piano/Prix Rainier III de Monaco. D'emblée la très jolie voix de la soprano portugaise Raquel Camarinha alliée à la subtilité enveloppante du pianiste Satoshi Kubo charmait tant chez Mozart que Bach et Falla -ineffable interprétation de Nana. Demi-finale qui  laissait percevoir l'extrême sensibilité, le pouvoir expressif dénué de toute sophistication de ces deux artistes. Alliées à l'intelligence et la justesse d'interprétation de la mélodie contemporaine imposée de Thierry Lancino, ces qualités magistrales de féminité et d'humanité firent des Lieder de Schumann -Süsser Freund, du blickest de toute beauté- et d'un Spectre de la Rose entre ciel et terre, de ces moments d'émotion où l'on oublie tout critère technique, matériel pour se laisser absorber par l'instant. "Sur les ailes de la musique", dirait Berlioz.  

Bénédicte Palaux Simonnet

Paris, du 10 au 13 novembre 2011

 

 

 

 

 


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