A BRUXELLES

Cendrillon de Massenet

 

La Cendrillon de Massenet (1899) semble l’objet d’une affection particulière à La Monnaie, et chaque directeur aime monter ce «conte de fées en 4 actes» : Gérard Mortier en 1982, Bernard Foccroulle en 2007. La production de 1982 brillait par une distribution éblouissante: Frederica von Stade, Jocelyne Taillon, Ann Murray, Jules Bastin, excusez du peu. Celle de 2007 était particulière: donnée par l’Opéra Studio dans la salle Malibran des Ateliers de La Monnaie, elle promouvait de jeunes chanteurs de la Chapelle Musicale Reine Elisabeth dans une réalisation de chambre avec petit ensemble instrumental. L’ère de Caluwé revient au grand spectacle et, cette fois, Cendrillon reprend son aspect de conte féerique pour enfants. La mise en scène de Laurent Pelly étonne, amuse, émeut tout en faisant beaucoup rire le public parmi lequel on compte un nombre impressionnant d’enfants. Les scènes se déroulant à la Cour sont désopilantes, tirant vers la caricature: Madame de la Haltière, ses filles, le Roi, le Héraut, les ministres, rivalisent de pitreries grotesques parfaitement mises au point (l’essayage de la pantoufle). Décors et costumes rouge pétant soulignent l’ironie amusée d’un metteur en scène très en verve. Les rôles de Cendrillon, de son père et du Prince charmant, par contre, sont tous empreints de tendresse, de finesse et de douceur. On sent le grand amour de Laurent Pelly pour ces personnages certes de fiction, mais rendus profondément humains. Quant à la Fée, elle apparait comme le chef d’orchestre de l’histoire et c’est d’ailleurs elle qui, de sa baguette magique, dirigera les dernières mesures de la partition. Une direction d’acteurs incisive achève de faire de ce spectacle une réussite totale. Anne-Catherine Gillet n’est plus la jeune soprano belge qui monte, mais une chanteuse parfaitement accomplie, ce dont nous nous étions bien rendu compte lors de sa récente Susanna des Nozze di Figaro à l’Opéra de Wallonie (voir compte rendu récent dans nos colonnes). Dès l’adorable air d’entrée Reste au foyer, petit grillon, elle emballer la salle par son charme fou. Que dire alors de sa rencontre avec la Fée, puis des duos avec le Prince (Vous êtes mon Prince charmant) ou avec son père (Viens, nous quitterons cette ville), ce dernier atteignant à une grandeur touchante grâce à la beauté du timbre et au legato de Lionel Lhote? Le Prince de Sophie Marilley (laquelle alterne avec le ténor Frédéric Antoun) chante à l’unisson de cette émotion, et Eglise Gutiérrez ravit le public par ses aigus stratosphériques pleins de douceur et de poésie. La terrible Madame de la Haltière est un rôle en or pour une bonne actrice: Nora Gubisch l’a bien compris. Son époux, Alain Altinoglu, dirige un orchestre de La Monnaie en très grande forme et souligne la richesse de l’écriture orchestrale de Massenet, aspect souvent passé sous silence par une critique trop fascinée par le génie dramaturgique du compositeur. En conclusion: une soirée parfaitement au point et un spectacle tout indiqué pour les fêtes de fin d’année.

Bruno Peeters

Bruxelles, La Monnaie, le 9 décembre 2011

 

 

 

 

Anne-Catherine Gillet (Cendrillon)
et Eglise Guttiérez
(la Fée) © Johan Jacobs


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