A BRUXELLES

Salomé (Richard Strauss)

 

Celui qui connaît bien sa Salomé sera surpris par un bon nombre d’incongruités de la mise en scène de Guy Joosten. Au choix: Jochanaan sort et rentre constamment de sa citerne, Salomé tue Narraboth, Hérode filme la querelle des Juifs, Salomé, au cours de sa danse (sans voiles), file sous la table, puis diffuse une vidéo, Jochanaan revient à la fin pour accueillir Salomé qui ne meurt pas. En voulez-vous d’autres? Le rideau se baisse avant la scène du banquet pour laisser l’orchestre seul jouer ce qui devient alors un intermezzo comme dans Cavalleria rusticana. Les décors? D’abord un palais très “guerre civile”, criblé de traces de balles, hanté par des gardes armés qui pointent sans cesse leurs revolvers sur Jochanaan, puis un festin qui évoque assez la dernière Cène, avec 13 convives à table. Vous voilà avertis. Ceci dit, la production tient le coup grâce à de beaux costumes (Salomé toute en blanc, Hérodias en rouge écarlate) et surtout une excellente direction d’acteurs. J’ai pu voir les deux distributions: c’est en elles seules que réside la force du spectacle et non dans les bizarreries de la mise en scène. Guy Joosten (qui a déjà mis Elektra en scène à La Monnaie) brosse un portrait assez classique du rôle-titre, à savoir celui de la petite fille gâtée et enjôleuse qui croit trouver dans le Prophète la réalisation de son rêve de pureté. Jochanaan n’est d’ailleurs pas tout à fait insensible à cette approche. Si Herodias déride l’assemblée par un comique assez franc et peu aristocratique, Hérode est fasciné par tout ce qu’il voit, spectateur amusé plutôt qu’agissant. Tous les chanteurs sont bons acteurs mais la seconde distribution me paraît légèrement supérieure en théâtralité: la tension dramatique de la soirée du 26 est nettement plus perceptible que celle de la première, un peu éteinte par un orchestre trop froid et distant. Vocalement, la première est splendide avec Amanda Echalaz, Salomé adorable gamine et d’une sûreté à toute épreuve; il en va de même pour un Chris Merritt et une Doris Soffel impressionnants. La deuxième voyait dans l’équipe formée par Nicola Beller Carbone, Gerhard Siegel et Hedwig Fassbender un trio de première force, très engagé. Le pauvre Scott Hendricks, souffrant, chanta quand même Jochanaan à la première, mais se fit remplacer à la seconde par Thomas Johannes Mayer, tout en mimant le rôle sur scène. Bon Narraboth de Gordon Gietz. Une Salomé curieuse donc, un peu inaboutie sans doute, mais qui musicalement apportait beaucoup de satisfactions.

Bruno Peeters

Bruxelles, La Monnaie, les 24 et 26 février 2012

 

 

 

© Clärchen und Matthias Baus

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