Dès l'Ouverture, assez malmenée d'ailleurs, par l'énervé Vladimir Jurowski, nous savons que nous abordons le chef d'œuvre de Mozart sous un angle original -génie britannique oblige- avec le metteur en scène Jonathan Kent. Par des jeux de scène, des postures, des clins d'œil, voire quelques anachronismes délibérés: une bicyclette à la fin du Ier acte; un poste de T.S.F. avant le repas final. Très british également, avec des revenants on ne peux plus "gore": le père de Donna Anna gît sous la table du festin et sort de la tombe ensanglanté...; le tout saupoudré d'une pincée d'humour noir (Acte II) et autres fantaisies à la mode Outre-Manche. Noire en effet est la dominante de cette approche au demeurant parfaitement cohérente et d'une redoutable efficacité. La distribution met l'accent sur certains partis pris psychologiques: ainsi de Masetto (Guido Loconsolo), grand dadais empêtré dans ses mouvements, qui se laisse berner par une fine mouche très portée sur le sexe -l'étonnante Zerline d'Anna Virovlansky. Plus encore, Don Ottavio (William Burden) gauche, empesé, précautionneux, très banquier de la City (on lui octroie une cravate, comme à Masetto...) muré dans son ignorance de la psychologie féminine et auquel on a enlevé le plus bel air de ténor écrit par Mozart: un comble: on a repris la version de 1788, dite "de Vienne" mais on a paradoxalement rajouté l'épilogue "de Prague"! Quel contraste avec Donna Anna (Anna Samuil) toute en éruption, celle-là, religieuse et humaine. Et puis il y a Donna Elvira, la "fâcheuse" eût-dit Molière, toujours là quand il ne faut pas, que Kate Royal incarne avec beaucoup de sensibilité et de musicalité même si le registre grave est un peu escamoté. Si le Commandeur laisse nettement à désirer (est-ce voulu?), en revanche les deux faces du même personnage Don Giovanni/Leporello s'imposent par leur abattage, leur science de la scène et leur parfaite maîtrise -musique et scénographie. Leur gouaille aussi, comme dans un film italien des années '50. Cigarettes, poses m'as-tu-vu à la Mastroianni, smoking blanc, Gérald Finley construit, par son art du chant et par sa présence exceptionnelle, un débauché plus très jeune, inquiétant et déterminé. Merveilleux abattage et chant de son alter ego Leporello (Luca Pisaroni), plus roué encore que son maître, mi-voyou mi-arlequin, toujours supérieur à l'évènement. Quant à la Zerline d'Anna Virovlansky, elle brûle les planches, séduction faite femme, érotique sans vulgarité, bien chantante, musicale jusque dans ses gestes -la scène où elle enlève ses bas pour ligoter Leporello laisse un souvenir d'anthologie. Ceci dit, Don Giovanni est quand même autrichien et met en présence des nobles espagnols et des paysans. Rien d'aristocratique dans cette version fellino-britannique, alors que telle était la volonté explicite de Da Ponte et de Mozart. C'est la réserve que l'on peut formuler ici. Quelque discutables que soient les partis pris de mise en scène, il reste la remarquable qualité de la réalisation aux plans soignés et efficacement montés et puis... le charme singulier propre aux spectacles de Glyndebourne.

 

Bénédicte Palaux Simonnet

 

 

Wolfgang Amadeus MOZART
(1756 - 1791)

 

DON GIOVANNI

 

2011- 194 '- 2 DVD - DTS-HD – sous-titres en anglais, allemand, français, espagnol – EMI 50999 0 72017 9 0 – enregistrement public (Glyndebourne 2010)

 

 

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