On ne saura jamais assez remercier Bruno Monsaingeon de nous avoir donné des portraits si passionnants et justes de quelques-unes des plus grandes légendes de l'interprétation au 20e siècle, parmi lesquelles Richter, Oistrakh et Menuhin. Outre ses documentaires, il sut saisir également, entre autres artistes, un Fischer-Dieskau en récital. Son oeil infaillible y transcendait le simple exercice de la captation en images d'un concert. Sa caméra nous racontait une histoire au-delà de la prestation, semblait pénétrer le subsconscient de l'artiste sans paraître intrusif et l'émotion était au rendez-vous. Son nouveau film nous fait entrer dans l'enceinte des légendaires studios d'Abbey Road. Sur le plateau, David Fray et Jaap van Zweden discutent et enregistrent les concertos n°22 et 25 de Mozart. Passons sur la participation, somme toute très anecdotique, du chef qui, d'emblée, se positionne dans le rôle d'accompagnateur neutre, à un tel point d'ailleurs qu'on se pose très vite des questions sur sa réelle utilité sur le podium. David Fray, quant à lui, possède toutes les qualités... sauf, précisément, celles qui sont nécessaires à une bonne interprétation de Mozart: la simplicité, la modestie, la totale absence d'effet de manche. Ici, on a droit à un festival de grimaces, de poses, très vite insupportables. Sur cd, déjà, on serait très vite agacé par cet encombrant maniérisme. A l'image, ce devient un véritable supplice. Qui plus est, la quasi totalité des réflexions du pianiste au cours de sa discussion avec le chef montre une totale incompréhension de l'univers mozartien. Un exemple: s'il est absolument vrai que Mozart annonce parfois Beethoven, dans les notes répétées avec obsession du premier mouvement du K. 503, il est par contre tout à fait erroné d'y mettre le pathos et le « poids » beethovénien qui appartiennent à un autre monde, surtout si ce recours ne se fait que sporadiquement, ce qui donne un caractère hybride et pour tout dire illogique et erratique à l'ensemble. Un Claudio Arrau, pour ne prendre que lui, avait tendance à pondérer Mozart dans une mesure sans doute trop grande par rapport à la vérité mozartienne mais du moins le faisait-il dans une approche cohérente de bout en bout. Et s'il en pervertissait peut-être un peu la forme, du moins n'en trahissait-il jamais l'esprit et lui restituait-il toute sa richesse, ce qui, en fin de compte, reste l'essentiel et fait les grands disques. Bref, et malgré le talent de Monsaingeon, un dvd bien inutile, irritant et ennuyeux.

Bernard Postiau

Wolfgang Amadeus MOZART
(1756-1791)

Concertos pour piano n° 22 K. 482 et n° 25 K. 503

 

2010-NTSC-163'-Textes de présentation en français et anglais-Virgin 6419649 7934)

 

Historiques
Répertoire
Récitals
Anthologies
DVD
LOGO_SITE