A l'automne de sa vie, Aldo Ciccolini revient une fois encore à l'un de ceux qui, comme il le reconnaît lui-même, l'aident à vivre: Mozart. Déjà dans les années 50, les quelques sonates qu'il avait enregistrées pour Emi étaient des modèles de justesse et d'élégance. Par contre, on ne saura jamais rien d'une intégrale de ces sonates qu'il réalisa à Bruxelles mais dont les bandes sont perdues, à tout jamais sans doute. C'est donc avec beaucoup de joie que l'on accueille ce nouveau florilège et l'on n'est pas déçu. A 85 ans, le pianiste reste plus jeune que jamais. La fraîcheur qui se dégage de ces interprétations toutes pimpantes est de celles qui apportent confiance et réconfort. Son enthousiasme presque enfantin mais aussi ce qui nous semble être une véritable paix intérieure emportent tous les suffrages, y compris le sien puisque ce disque, réalisé dans d'excellentes conditions techniques, l'amène à reconnaître qu'il ne serait pas mécontent d'envisager l'intégrale. Bien sûr, ces pages célébrissimes ont été abordées – avec quel talent! - par une cohorte de légendes du piano. Et pourtant, il n'appartient qu'aux plus grands artistes de toujours apporter des émotions nouvelles. Comme souvent – toujours? - la clé de l'émerveillement tient dans un seul mot: simplicité. Celle-ci est chez lui absolument désarmante et génère cette sempiternelle question: pourquoi sont-ce toujours les interprétations les plus dénuées d'affect, les plus simples en apparence qui bouleversent le plus? C'est encore, pour moi, un véritable mystère. Depuis des lustres, je ne pouvais plus écouter la marche turque: trop entendue, trop souvent ânonnée, elle m'était devenue insupportable. Ici, non seulement je suis resté « scotché », comme on le dit aujourd'hui, mais l'ai réécoutée deux fois! Avec des solutions parfois inédites ou inhabituelles, il nous plonge sans fards dans une fascination totale et un feu d'artifice d'émotions. Dans la K.280, quelle douceur, que de beautés dans le sublime adagio et quelle explosion de joie et de vitalité dans le presto qui lui fait suite! Que de subtilités et de belles surprises dans les variations de la K.331! Et les quelques rubatos, parmi tant d'autres choses notables, qui émaillent la K.333 nous rappellent quel admirable et élégant styliste il est demeuré. A l'écoute de ces merveilles, on imagine très aisément qu'un Wolfgang ressuscité pour la cause aurait sauté au cou du pianiste pour le remercier de tout coeur du bonheur qu'il procure et d'avoir pu rendre tout l'esprit de sa musique. Un régal.


Bernard Postiau

 


 

Wolfgang Amadeus MOZART

(1756-1791)

 

Sonates pour piano K. 280, K. 331 et K. 333

 

Aldo CICCOLINI (piano)

 

Date d'enregistrement non précisée-DDD-52'54-Textes de présentation en français, anglais, allemand, japonais et espagnol-La dolce volta LDV 03

 

Son 9 - Livret 10 - Répertoire 10  
Interprétation 10

 

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