Crescendo est membre du jury
des
Avouons-le, quoiqu’ auréolé des premiers prix du Concours Jean Sibelius d’Helsinki et du Concours Musical International Reine Elisabeth, quoique poulain de Kurt Masur, quoique presque unanimement encensé par la critique, Sergey Khachatryan ne nous avait jamais véritablement convaincu. Bien au contraire. La photo de la pochette, qui nous montre le violoniste mains jointes et regard levé vers le ciel, nous faisait redouter le pire au moment de mettre ce disque sur la platine. Et pourtant… Et pourtant, la prestation de Khachatryan nous transporte dès les premières notes de l’Adagio de la Sonate n°1 BWV 1001 qui ouvre le programme. La sonorité est d’une beauté plastique exceptionnelle, la sobriété est au rendez-vous et l’intelligence du discours sans faille. Qu’il s’agisse de construire la polyphonie d’une fugue (BWV 1001, 1003 et, bien sûr, 1005), d’enlever une Corrente, de donner vie à une Allemande (BWV 1002 !), jamais Khachatryan ne faillit à sa mission, semblant tout faire avec naturel et facilité. Sans mysticisme exagéré, sans jamais s’encombrer de détails inutiles, le violoniste fait une prestation sans tâche, d’une fraîche juvénilité qui rend à Bach le côté bouillonnant de son caractère, souvent bridé par des interprètes en quête de mysticisme. Quel moment que la célèbre Ciaccona de la Partita n°2 BWV 1004 que le violoniste n’alourdit pas d’une dramaturgie excessive mais dont il varie les éclairages d’une manière qui confine, çà et là, au génie pur et simple (malgré un certain maniérisme dans deux des variations)… Malheureusement, il faut passer outre le bruit de sa respiration dont les micros n’ont malheureusement rien manqué. Est-ce une raison pour bouder notre plaisir ? Certes non. Le jeune Yehudi Menhuin (EMI) ou, plus proche de nous, Hilary Hahn (Sony) et Julia Fisher (Pentatone) avaient déjà prouvé qu’il n’est pas nécessaire d’être un vieux sage du violon pour donner à ces pages toute leur dimension. Khachatryan s’ajoute à la liste de la plus belle des façons.
La version de Kristóf Baráti, récompensé lui aussi au Concours Reine Elisabeth (1997- 3e prix), est radicalement différente mais également intéressante. La lecture du violoniste hongrois se veut alerte, mordante, voire sauvage (la fugue de la Sonate n°1 BWV 1001). Là où Khachatryan suggère, Baráti « rentre » dans la corde –parfois furieusement. Une version très belle, trop rapide parfois, mais qui semble ignorer toute forme de difficulté technique. En revanche, ceux qui suivent la carrière de Baráti se souviendront certainement qu’il avait déjà enregistré ces Sonates et Partitas en 2006 (Saphir Productions). Nous n’avons pu comparer les deux versions mais il serait étonnant que le regard du violoniste ait à ce point changé en l’espace de 4 ans pour qu’il décide de remettre si vite l’ouvrage sur le métier. Un impératif commercial semble donc être à l’origine de ce disque.
Nicolas Derny

Johann Sebastian BACH
(1685 - 1750)
SONATES ET PARTITAS POUR VIOLON SEUL BWV 1001-1006
Sergey KHACHATRYAN (violon)
2008/2009-DDD-153’-Textes de présentation en français, anglais, allemand et arménien- Naïve classique-V 5181
Son 8 - Livret 9 - Répertoire 10
Interprétation 10
Kristóf BARATI (violon)
2010-113’38’’-DDD- Textes de présentation allemand et anglais- Berlin Classics- 0016732BC
Son 10 - Livret 7 - Répertoire 10
Interprétation 9
