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Longtemps, le nom de Hummel n'a évoqué qu'un pianiste virtuose contemporain de Beethoven, auteur de pièces brillantes pour son instrument et d'un concerto pour trompette très populaire. Et c'était à peu près tout. Petit à petit, son œuvre imposante s'est révélée, et c'est souvent avec stupéfaction que l'on a découvert successivement sa musique de chambre, tout à fait digne de celle de Weber, Spohr ou Berwald, sa musique sacrée (messes et oratorios), et enfin ses opéras. Hummel apparaît enfin en tant que musicien complet, grand pianiste certes, mais infiniment plus que cela. Comme Spohr, il a connu le succès puis l'oubli ou, pire, le mépris. Grâces soient rendues au disque, qui réhabilite ces compositeurs, non de première grandeur sans doute, mais au talent indéniable, capables de nous toucher aujourd'hui encore. Hummel a été élève de Mozart, Haydn (à qui il succéda à Esterhazy) et Salieri, puis ami de Beethoven et de Schubert. Il termina sa carrière comme maître de chapelle à Weimar, où il fréquenta tant Schiller que Goethe. Respectueux de la tradition, il symbolise l'art allemand classique à son apogée, avant le grand basculement romantico-wagnérien. Sa quinzaine d'opéras, tout comme sa musique sacrée, date des années viennoises (1804-1815), et Mathilde von Guise s'y distingue comme seul opéra véritable, les autres relevant du genre 'singspiel'. Il fut créé en 1810, puis révisé en 1821. Le livret, d'après une pièce française, s'inspire de très loin des aventures d'Henri III de Valois qui faillit être roi de Pologne (voir Un Giorno di regno de Verdi ou Le Roi malgré lui de Chabrier). Musicalement, l'opéra se tient parfaitement, malgré le hiatus entre la langue italienne usitée, mode oblige, et le style allemand de la composition. Les airs, peu nombreux, sont ravissants (l'air de Beaufort qui suit l'ouverture, la romance de Mathilde à l'acte III), les duos et trios plaisants (comme le trio si mozartien du premier acte ou le duo adorable entre Valentino et Claudina qui ouvre l'acte II). Les deux 'pezzi concertati' et les finales démontrent à l'envi la totale maîtrise du genre lyrique par un Hummel qui se souvient parfois de Cherubini. Les solistes vocaux sont tous parfaitement à la hauteur de leur personnage, avec une mention spéciale pour le grandiose Duc de Pruvot ou la capiteuse Baronne de Hjördis Thébault. Philippe Do, ténor montant, incarne un Beaufort passionné et tendre, tandis que Kristine Gailite rayonne dans l'émouvant personnage titulaire. Une fort belle oeuvre révélée dans des conditions idéales. Signalons que l'éditeur nous offre en bonus la première version de l'ouverture, celle de la création. Chaleureusement recommandé, comme diraient nos amis britanniques.


Bruno Peeters

 

Johann Nepomuk HUMMEL

(1778 - 1837)

 

Mathilde von Guise, opéra en trois actes

 

K.GAILITE (Mathilde), Ph. DO (Beaufort), P-Y. PRUVOT (le Duc), H.THEBAULT (la Baronne), E.SUSKOVA (Claudina), O.SALING (Valentino), solistes, Choeur Alea, Solamente Naturali, dir.: Didier TALPAIN

 

2010-102' 09''-DDD-Notice en anglais-pas de livret-chanté en italien-2CD Brilliant Classics 94043

 

Son 10 - Livret 8 - Répertoire 9  
Interprétation 10

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