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Les concertos de Beethoven continuent à attirer les générations de pianistes. Parmi d’autres, on a connu récemment diverses versions: Pierre-Laurent Aimard, Richard Goode, Hélène Grimaud, Evgeny Kissin, ou encore Arthur Schoonderwoerd. Voilà que le pianiste finlandais, Olli Mustonen, se lance à l’assaut de ces sommets. Il nous donne ici sa vision des 4e et 5e concertos, deux partitions de caractères fort différents et innovants par l’intervention directe du piano (comme Mozart l’avait déjà osé en 1777 dans le concerto "Jeunehomme"). Le 4e concerto op. 58 a été terminé en 1806 et créé en 1807. Il fait ainsi partie d’une des grandes périodes créatrices qui verra naître Leonore/Fidelio, le concerto pour violon, les 4e, 5e et 6e symphonies, les trois quatuors Rasumowsky, l’ouverture de Coriolan. La facture de ce concerto offre de subtiles réminiscences à la 5e symphonie (premier mouvement), à l’Orphée de Glück (second mouvement) et à l’atmosphère de la prison dans Leonore (dernier mouvement). Le 5e concerto en mi bémol est composé peu après la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre au moment où l’Autriche déclare la guerre à Napoléon. Cette situation de conflit et les bombardements de Vienne en mai 1809 expliquent l’atmosphère guerrière qui parcourt les trois mouvements de ce dernier concerto de Beethoven. On sait qu’il laissera inachevé six ans plus tard un 6e concerto pour piano en ré après avoir complété plus de la moitié du premier mouvement. C’est l’aspect aventurier, volontaire sinon parfois risqué qui ressort de cette vision de Mustonen. On ne se lasse pas mais on reste parfois stupéfait devant des phrasés très personnels et on craint souvent que l’interprétation ne capote; les traits sont marqués et rythmés par des accents inhabituels. On n’a pas ici les sublimes équilibres de Kissin; on entend un pianiste auquel le caractère exubérant du premier mouvement du concerto "Empereur" convient à merveille. C’est la première fois que j’entends un cavalier sur son cheval au début du dernier mouvement du 5e concerto. C’est désarçonnant! Un Beethoven nouveau nous est ainsi arrivé. Ne nous privons pas du plaisir de la découverte! L’interprétation aussi évolue avec le temps.
Jean-Marie André

Ludwig Van Beethoven
(1770 - 1827)
Concerto pour piano et orchestre n°4 en sol op. 58 et n°5 en mi bémol, op. 73
Olli Mustonen (piano et direction) - Tapiola Sinfonietta
2009-SACD- 72'45"-Textes de présentation en anglais, allemand et finlandais-Ondine ODE 1146-5
Son 10 - Livret 7 - Répertoire 10
Interprétation 8
