Angelika Kirschlager © Aline Paley

Les gagnants de notre Concours témoignent

Cet été, nous avons eu la chance d'aller au Festival de Verbier. Au départ, je l'avoue, nous avions l'intention d'y passer les trois jours que nous avions "gagnés" en participant au concours proposé par Crescendo. Finalement, nous sommes restés huit jours sur place. Je ne suis pas un néophyte: j'ai fréquenté à plusieurs reprises un certain nombre de festivals européens. Le Verbier Festival, c'est autre chose. C'est la conjonction d'un programme de haut niveau, riche et varié, et d'une organisation d'une rare qualité. Nous avons assisté à plusieurs concerts, avec toujours le même plaisir. Et nos enfants ont pris part au programme Discovery: chaque activité les a tellement réjouis qu'ils ont demandé à prolonger le séjour le plus longtemps possible…

M. Davar

 

 

Depuis cet été, le nom de Verbier est gravé dans ma mémoire pour toujours. Une expérience formidable. La montagne, le festival, la nature, tout était magnifique. Verbier est un lieu de séjour merveilleux avec tous les concerts qui se passent partout dans le village. Me dire que je pouvais rencontrer là les meilleurs musiciens du monde, découvrir et écouter les sons magiques de chaque instrument, oui, je peux dire que je me suis vraiment sentie heureuse.

Pour nos enfants aussi, c'était magique. Ils ont participé aux activités qui leur étaient proposées par Discovery et toutes les personnes qui travaillaient pour eux se sont montrées formidablement gentilles et attentionnées.
Je souhaite encore remercier tous les organisateurs du Verbier Festival et aussi Crescendo qui ont rendu possible notre magnifique voyage.
N. Davar

© Aline Paley

A Verbier, le paysage a changé, mais non l'esprit. "Medran" cède aujourd'hui sa place aux travaux de construction d'un complexe hôtelier tandis qu'une toute nouvelle salle, "les Combins" d'infrastructure polyvalente et démontable de 1700 places accueille les concerts du soir. Le souci de garder l'esprit de Medran tout en apportant des améliorations acoustiques et de confort est bien là et on a tôt fait de trouver les raccourcis pour se rendre d'un endroit de la station à l'autre pour suivre la floraison de propositions musicales qui nous est offerte. Et oui, pour sa dix-septième édition, le Verbier Festival garde son label de rendez-vous incontournable des musiciens, des mélomanes et des professionnels de la musique le temps d'une quinzaine d'été sous le signe de l'entertainment, formule chère à Martin T:son Engstroem, fondateur et directeur du Festival. Parallèlement à la multitude de concerts, de conférences et de rencontres se tiennent les "Académies" où sont réunis une centaine d'étudiants de haut niveau à l'écoute de maîtres, eux aussi triés sur le volet. Il suffira de citer Zakhar Bron, Pamela Frank, Yuri Bashmet, Nabuko Imaï, Lawrence Power, Lynn Harrell, Frans Helmerson, Dimitri Bashkirov, Menahem Pressler, Gabor Takacs-Nagy, David Dolan, Barbara Bonney, Angela Kirchschlager, Tim Carroll, Dennis O'Neill pour savoir que les étudiants sont dans les mains de "beau monde" et l'assistance aux cours, ouverts à tous, confirme le niveau artistique des master classes. Comme le souligne Menahem Pressler lors d'une rencontre, il s'agit moins de donner des trucs et ficelles techniques que de communiquer une manière d'être, une attitude vis-à-vis de la vie, de la musique, saisir le caractère d'une oeuvre,... car la principale question est celle-ci: qu'est-ce qui est important en musique? Est-ce la virtuosité ou la sincérité? Et Pamela Frank, fidèle à l'enseignement de son père, d'ajouter: "chacun se souviendra de ce dont il voudra se souvenir". On l'aura compris: la technique est un outil que chaque participant est sensé posséder; la musique est tout autre chose et c'est de cela qu'il s'agit lors des master classes. Aussi n'est-on pas étonné de savoir qu'Alfred Brendel passera à Verbier pour des master classes de chant, de piano et de musique de chambre.  Chaque après-midi, à 16 heures, des participants de l'Académie offrent un concert car le métier, c'est aussi celui de la scène. Et, nouveauté cette année, en fin de session, les participants aux académies retourneront chez eux avec la totalité des enregistrements des cours, un précieux outil sur le long terme qui dépasse largement le travail sur leur seul répertoire pour tenter de saisir au plus profond l'essence de la musique.
A demain pour d'autres partages...

Bernadette Beyne

A Verbier, on l’a compris, on peut se nourrir de musique du lever du jour à la fin de la nuit. Un régal pour les mélomanes qui choisissent d’y consacrer quelques jours ou plus.
Mais les autres? Ceux qui aiment la nature, les randonneurs, les sportifs de tous niveaux, les « curieux culturels », les trop jeunes, les trop mûrs, les « bobos », ceux qui découvrent un village en festival, ceux qui craignent d’étouffer sous les doubles croches,…???

Verbier veille à les accueillir tous avec la même sérénité, la même générosité.
Prenons pour exemple ce jeune couple, la trentaine dynamique, sensibilisé à la musique sans en faire son quotidien, arrivé là pour deux semaines avec deux gamins prêts comme eux à toutes les audaces, gourmands d’expériences neuves.

Dès leur arrivée, sagement, ils se rendent à l’Office du Tourisme. Cela se fait, n’est-ce pas ? Ils y reçoivent un accueil souriant et… surprise !… une quinzaine de documents : de quoi plaire à chacun à condition de s’organiser. Ce qu’ils n’ont pas manqué de faire et les cinq premiers jours à Verbier ont déjà été bien remplis : randonnée à thème en famille, VTT pour papa et l’aîné (8 ans), Land Art pour les fistons qui sont partis à la rencontre de la forêt, de ses outils naturels, de ses plaisirs spontanés, avec 10 autres « touristes » de leur acabit, accompagnés de Loïc, jeune guide-moniteur-animateur devenu leur mentor en une poignée de minutes. C’est certain, tout ce que Loïc proposera sera le bienvenu. Il a d’ailleurs suffi qu’il évoque la piscine intégrée au centre sportif pour qu’on y soit inscrits sans même l’avoir vue. A écouter les parents qui sont allés y voir de plus près, ils ne seront pas déçus. Et pour prendre un peu de hauteur, les télécabines les ont menés en un clin d’œil à des points de vues stupéfiants.

Et le Festival dans tout cela? Il se faufile et s’installe. Master classe de piano, conférences, rencontre, répétition d’orchestre et parties de concerts font déjà partie du planning de chaque journée, au gré des curiosités de chacun et des capacités de concentration.

Au programme de la fin de semaine, Discovery chaque matin pour les « petits » avant de planifier la semaine prochaine.
Alors, quand venez-vous les rejoindre?

Michelle Debra
Un intrus à Verbier
Parmi ses multiples propositions musicales, le Verbier Festival proposait ce dimanche une rencontre-conversation avec Alexandre Rachmaninov, le petit-fils du compositeur. Intéressant a priori. Il était interviewé par Espace 2, la station classique de Suisse Romande. Pauvre intervieweur qui avait préparé une série de questions intéressantes auxquelles répondait le « petit-fils » par des propos insultants pour les musicologues et les journalistes à qui, finalement, il reproche soit d’avoir romancé la vie de son aïeul faute de renseignements directs, car le compositeur se protégeait de cette masse servile, soit, par voie de conséquence, de ne pas avoir suffisamment parlé de lui. Ce serait donc grâce à la fondation qu’a initiée Alexandre Rachmaninov en 1993 qu’on joue –enfin!- l’œuvre de Sergueï. A ce que je sache, on n’a pas attendu 1993 pour jouer  Rachmaninov; quelle injure à Horowitz, Richter, Argerich, Svetlanov, Temirkanov ou Kondrachin, aux directeurs d'orchestres symphoniques et d’opéras, aux maisons de disques comme « Le Chant du Monde » qui publia ses opéras dans les deux dernières décennies du siècle dernier, sans oublier les concours internationaux et leurs légendaires « Rach 2 » et « Rach 3 »… jusqu’à même le générique de l’émission de "Bouillon de Culture" de Bernard Pivot et son « Rach 1 ». Et de s’embourber dans des confusions de dates, l’ignorance de liens entre Prokofiev, Rachmaninov et Stravinski, l’ignorance même de l’éventuelle existence d’un site internet de sa fondation. Le personnage n’est pas avare d’indélicatesses et  formule d’indécentes réserves quant à la capacité de Nikolaï Lugansky à donner valablement en récital le soir même la 1ère sonate de son grand père. Le public sera heureusement plus nombreux pour entendre l’aïeul que le prétentieux rejeton; plus connaisseur aussi, et il remerciera le pianiste d’une large ovation. On est sorti de cette longue heure d’inconsistance et de suffisance irrité par l’imposture dont la première victime –outre le public- est le grand Serge Rachmaninov visiblement mieux apprécié des festivaliers que de son petit-fils. Qu’était-il donc venu faire ici? BB
Daniel Harding et le Verbier Festival Orchestra (VFO)
© Aline Paley
Menahem Pressler © Aline Paley
Le Verbier Festival : de 7 à 87 ans...

Quarante-neuf concerts en dix-sept jours, une vingtaine d'événements gratuits par jour, deux cent soixante artistes venus du monde entier, c'est le Verbier Festival en chiffres. Par dessus tout cela, le Verbier Festival, c'est une atmosphère faite de belle humeur et de convivialité que l'on éprouve dès l’arrivée. A Verbier, "on se sent bien", autour de la musique et des rencontres profondément humaines. La liste des artistes réunis ici laisserait penser à un festival élitiste. Il n'en est rien. Et si le prix des places aux concerts peut sembler élevé, quantité d'activités d'accès libre offrent au public la possibilité de vivre la musique par les répétitions des concerts, les interviews publiques programmés avec Espace 2 (Radio Suisse Romande), les master classes et autres activités dont certaines dédiées aux enfants et diversifiées par catégories d’âges. La station de Verbier, autrefois endormie l'été, s'est éveillée chaque année un peu plus lors du Festival pour ouvrir aujourd'hui son décor vivifiant aux visiteurs de l'été. La magie du lieu et l'atmosphère si humaine qu'y impriment Martin T:son Engstroem et toute l'équipe du Festival font mouche: les artistes sont nombreux à revenir pour donner ici le meilleur d'eux-mêmes tant au public qu'à leurs cadets, qu'ils soient membres de l'orchestre de chambre ou de l'orchestre symphonique, chambristes ou jeunes solistes. Parmi les habitués, on retrouvait cette semaine Martha Argerich, David Guerrier, les frères Capuçons –qui ont découvert Verbier lors des Académies-, Misha Maisky, Evgueni Kissin, Anne Sofie von Otter, très décontractée et "francisée" depuis qu'elle a rejoint le label Naïve, le jeune Kit Armstrong, ce jeune prodige d'aujourd'hui 18 ans -que j’avais entendu ce printemps encore au Festival de Heidelberg- détaillant les fugues de Bach avec une clarté peu commune, Angelika Kirschlager venue pour la première fois il y a deux ans et devenue une (des) inconditionnelle(s) de l’événement, et beaucoup d’autres... Parmi les nouveaux venus, Marc Minkowski, émerveillé de la qualité de l'orchestre de chambre qu'il venait diriger pour le Pelléas et Melisande de Gabriel Fauré et des Chants d'Auvergne de Canteloube en compagnie de sa complice Anne Sofie von Otter, une magnifique soirée de transparence orchestrale; Christophe Prégardien remplaçait Ian Bostridge pour une soirée Brahms/Schubert en compagnie de la soprano suédoise, de Sylvia Schwartz et le jeune baryton d'opéra Markus Werba. Ovation pour Prégardien dont le raffinement expressif ne peut que combler le public de soirées de Lieder, surtout lorsqu'elle est soutenue par les pianistes raffinés que sont Bengt Forsberg et Kirill Gerstein que nous découvrions ici. 87 ans disais-je! Et oui, le légendaire Menahem Pressler, fondateur du Beaux-Arts Trio "commence une nouvelle carrière" (ce sont ses mots...) depuis que, pour des raisons d'agenda, le Trio ne peut poursuivre son activité après 50 ans de carrière au plus haut niveau. Outre les master classes qu'il délivre avec art et bonhomie, il a rejoint les Combins pour le Concerto en  sol (n°17) de Mozart avec le Verbier Festival Orchestra et Daniel Harding, tous deux très émus. Si le merveilleux pianiste a un peu perdu de sa vélocité, quelle sonorité, quel phrasé, quelle énergie! Un grand moment de musique.  D'autres découvertes aussi mais maintenant, il est temps d'aller écouter Schubert : l’intégrale des sonates par Elisabeth Leonskaja est à mi-parcours déjà et le public continue de s’élargir pour ces soirs de grâce (concert à 22h15). Au retour, il n’est pas rare de croiser sur la Place centrale les derniers afficionados des « Fenêtres sur l’Orchestre » qui, à l’église, réunissent les jeunes musiciens en formations de chambre.
A bientôt,

Bernadette Beyne

Deborah Voigt et Valery Gergiev dirigeant le VFO © Aline Paley
Dame Gwyneth Jones © Aline Paley
Evgeni Nikitin © Aline Paley
Dimanche 1er août 2010, une ovation de quelques vingt minutes salue une légendaire soirée de clôture du 17e Verbier Festival. Pour la dernière fois cette année,  la magie avait à nouveau opéré: les 1.700 auditeurs de la salle des Combins remerciaient un plateau de rêve, le Verbier Festival Orchestra dirigé par Valery Gergiev faisait corps avec les voix de Deborah Voigt (Salomé), Dame Gwyneth Jones (Hérodiade), Siegfried Jerusalem (Hérode) et Evgeni Nikitin (Jochanaan) pour une version concert de Salomé de Richard Strauss. Si les trois premiers noms ne sont plus à présenter, le baryton-basse Evgeni Nikitin issu du théâtre Mariinski dont il fait partie depuis ses vingt ans tenait extraordinairement son rôle aux côtés d'une tout aussi extraordinaire Deborah Voigt, entourés de leurs aînés apportant en cadeau leur métier légendaire. Et, à nouveau, le Verbier Festival Orchestra galvanise les chefs qui les dirige car Valery Gergiev, capable du meilleur et du moins bon, était ici le Gergiev des grands jours transmettant à ses troupes une déferlante énergie toujours soucieuse de la clarté orchestrale et de la magie sonore qui en résulte. Une très très grande soirée prolongée par le "verre de l"'amitié" auquel faisait suite le feu d'artifice en ce jour de fête nationale suisse.
© Aline Paley
Une Salomé de légende
                           pour clôturer le 17e Festival
   

   

LE VERBIER FESTIVAL, PARTAGE DE L'EXCELLENCE DANS LA CONVIVIALITE

Bilan chiffré
33.700 spectateurs ont découvert avec enthousiasme le nouvel écrin et les concerts du Verbier Festival 2010. Durant 17 jours, près de 60 concerts ont attiré plus de 33.700 spectateurs, ce qui marque une légère hausse de la fréquentation par rapport à l'édition 2009.
Ce 17e Verbier Festival a connu de nombreuses nouveautés dont une nouvelle salle et un nouvel emplacement. La Salle des Combins a convaincu le public et les organisateurs. Le déménagement fut un succès et a permis d’élargir l’offre aux festivaliers.
Le Verbier Festival donne d’ores et déjà rendez-vous à son public du 15 au 31 juillet 2011 sur le site de « Périn ». Ceci étant, le Festival planifie son futur qui consiste à déplacer la Salle des Combins au centre de la station.   
Une vingtaine d’événements gratuits ont été proposés chaque jour, à environ 10.000 personnes. Il s’agit des master class de la "Verbier Festival Academy", des répétitions générales des Verbier Festival Orchestras (orchestre symphonique et orchestre de chambre), des événements de "Verbier Festival Fest’Off" (concerts, animations, randonnées culturelles) et des conférences et activités pour le jeune public du "Verbier Festival Discovery".  
Parmi les nouveautés de cette 17e édition, citons encore l’application iPhone de medici.tv. Cette année, en plus de la diffusion des concerts en direct et en différé sur internet, medici.tv a créé une application permettant de visionner les concerts suriPhone. Près de 6.000 connexions ont été enregistrées via cette application. Au total, plus de 400.000 connexions ont été enregistrées sur medici.tv soit 100.000 de plus que l’an dernier. Les concerts sont disponibles gratuitement jusqu'au 30 septembre sur www.medici.tv.
Le renouvellement du contrat avec Rolex, l’arrivée de deux nouveaux sponsors : la Banque Julius Bär et Nespresso, ainsi que l’appui renforcé de la Loterie Romande sont des signes de confiance envers le Festival et assurent la pérennité de la manifestation.  

© Aline Paley
Charles Dutoit , le VFO et Yuja Wang
© Aline Paley
Gabor Takacs Nagy et le VFCO
© Aline Paley
Martin Fröst © Nicolas Brodard
Alexei Ogrintchouk © Aline Paley
Angel Blue et Marco Caria © Nicolas Brodard

La veille, Hélène Grimaud et Rolando Villazon s'étant désistés en dernière minute, il restait à trouver un plateau de remplacement en ces temps de festivals si chargés pour les artistes. On ne pouvait compter que sur le carnet d'adresse de Martin T:son Engstroem et le dynamisme de son équipe. En deux jours, la soirée était assurée par trois lauréats du Concours Operalia fondé par Placido Domingo et dont quelques noms des sessions antérieures suffiront à vous en signifier le sérieux: Nina Stemme, Inva Mula, José Cura, Ludovic Tézier, Joyce diDonato, Rolando Villazon,... Le samedi 31 juillet, nous pouvions entendre à Verbier la soprano lyrique américaine Angel Blue dont la présence scénique ornait encore une voix d'or, la vaillance du ténor grec Dimitrios Flemotomos aux moyens vocaux impressionnants et le baryton romain Marco Caria prêt à rejoindre le Wiener Staatsoper après avoir affiné la chaleur de son timbre auprès de la grande Mirella Freni. Trois noms à retenir certes au sortir d'une magnifique soirée sous le signe du charme et de l'excellence.

  
UNE MEMORABLE INTEGRALE DES SONATES DE SCHUBERT

Pour la première fois, Elisabeth Leonkaja était l'invitée du Verbier Festival et il faut reconnaître qu'elle faisait son entrée par la grande porte. Quel pianiste peut aujourd'hui assurer en neuf soirées l'intégrale des sonates pour piano de Schubert, soit vingt sonates –Wanderer Fantasie comprise- dont plusieurs ne sont pour ainsi dire jamais jouées. A tort peut-on certainement conclure au fil de ce pélerinage. Partout était annoncée la "Grande Dame du Piano" et le terme n'est pas usurpé. On connaissait les superbes enregistrements des dernières sonates et de la D.664 enregistrées en leur temps chez Teldec. Sans doute est-ce cette écoute qui incita Martin T:son Engstroem à lui demander de réaliser une intégrale à Verbier. Un risque, tant pour l'artiste bien sûr car on sait la difficulté à pénétrer le subtil monde schubertien que pour le public qui n'ose pas toujours accéder à ce répertoire tant il ne retient des "divines longueurs" que le second terme. Le monde est ainsi fait!  La pianiste et immense artiste releva le défi qui restera une étape dans le parcours du mélomane et l'histoire du Verbier Festival. En fidèle disciple du grand Sviatoslav Richter avec qui elle joua souvent en duo, Elisabeth Leonskaja, une des dernières représentantes de la légendaire grande école russe, conçoit Schubert dans ses contrastes, ses ruptures, sa propre relation au temps annonçant Bruckner, sa poésie ineffable et sublime qu'elle détaille au creux des sonorités les plus lumineuses, les plus profondes, les plus expressives servies par un toucher qui va directement au coeur. A nouveau, on est ici au coeur de la musique, de son langage et de la rhétorique qui la fait naître et lui donne son sens.

Bernadette Beyne

Adam Laloum © Aline Paley

De la tradition vers une nouvelle modernité

Lors des palmarès de concours internationaux, on ne s'étonnera plus de constater que les élus les plus musiciens sont passés sous les foudres de Dimitri Bashkirov. De mémoire, je citerai Denis Kozhukhin, premier prix du dernier Concours Reine Elisabeth –et dont le jeune frère Vladislav participant aux Académies travaille depuis sept ans avec Bashkirov- et Plamena Mangova dont on se souvient, notamment, d'un superbe Concerto de Mozart. J'ai bien dit les "foudres", car Dimitri Bashkirov ne laisse rien passer et sa façon de le dire peut faire mal où ça touche. Mais l'exigence du style et de la partition dans ses moindres recoins est impitoyable : où se situe le pivot harmonique? D'où vient cette nuance? Où va-t-elle? Vous ne jouez pas Bach mais Chopin... Et d'exiger du pianiste le maximum de ses ressources, et de la partition son sens. Bref, la musique, rien que la musique. 
Si l'humour de Alfred Brendel fait passer davantage la pilule, l'exigence n'en est pas moindre. A ce chanteur polonais chantant Schumann, il envoie, avec élégance certes: "Permettez-moi de vous dire que vous êtes loin de saisir ce qui fait l'essence de la langue allemande"! Car c'est à un véritable cours de rhétorique, tant musicale que verbale, que nous participons à l'écoute des masterclasses du maître tant au niveau du chant que du piano qui n'est pas ici simple accompagnateur mais compagnon du chant. Et Maître Brendel d'illustrer son propos par l'exemple, l'expression du visage, le geste généreux, et le jeune chanteur de saisir qu'en réalisant pleinement le langage de la musique, sa poésie s'en dégage naturellement. Nul ajout, nul emprunt n'est nécessaire.
Ce n'est pas un hasard si le langage des maîtres réunis aux Académies de Verbier rejoint un même sommet: la musique. Car c'est bien de cela qu'il est question ici: une transmission de la tradition lorsque le marketing et la technicité n'avaient pas encore accompli leurs ravages. La seconde moitié du vingtième siècle a vu se développer formidablement la technique instrumentale au point que de simple moyen d'expression, elle est devenue un but, oubliant de ce fait sa raison d'être: la musique, expression d'un artiste couchée sur une partition pour être transmise dans son essence la plus intime
.

                
                                                                                                                        BB

Dimitri Bashkirov
Menahem Pressler en master classe
© Aline Paley
Vladislav Kozhukin, le "petit frère" de Denis, 1er Prix du CMIREB 2010 participant aux Académies
© Aline Paley
Ilyich Rivas reçoit le Prix Julius Bär sous le regard encourageant de Martin T:son Engstroëm
© Nicolas Brodard

Les membres de l’Academy récompensés

Les traditionnelles distinctions destinées aux participants de la Verbier Festival Academy ont été attribuées. Ces deux prix revêtent une importance particulière : le Prix Julius Bär 2010 (anciennement Prix d’Honneur) a été remis à Ilyich Rivas sans aucune contestation de la part de ses confrères. Ilyich Rivas a reçu un prix de 10.000 CHF offert par la Banque Julius Bär.Le second prix, Prix Ambassadeur de la Verbier Festival Academy, a été attribué à la pianiste géorgienne Ana Kipiani qui représentera les valeurs de cette académie. Ce prix est nouveau et promet à la gagnante le soutien du Conseil de Fondation du Verbier Festival et de la Banque Julius Bär durant une année.

Gidon Kremer © Nicolas Brodard
Anne-Sofie von Otter, Marc Minkowski et le VFCO © Aline Paley
Joshua Bell et Yuja Wang © Aline Paley
Le dernier jour de la masterclasse qu'elle donnait avec une indéfectible belle humeur au cinéma de Verbier, Barbara Bonney sortit, suivie de sa valise à roulettes sans doute emplie de partitions. Une centaine de mètres séparaient le cinéma de l'hôtel où elle résidait; spontanément, le public qui avait assisté à ses masterclasses lui fit une haie d'honneur, la couvrant d'applaudissements, tandis que la grande soprano mozartienne ne pouvait s'empêcher d'essuyer une larme.
La jeune pianiste chinoise Yuja Wang, un peu la "mascotte" de cette session tant son charisme traverse la pellicule, avait brillamment assuré la soirée d'ouverture avec le 2e Concerto de Prokofiev aux côtés de Charles Dutoit et de "son" orchestre –puisqu'il est actuellement le directeur musical du Verbier Festival Orchestra- et, quelques jours plus tard, donnait en récital de profondes Etudes Symphoniques de Schumann et un florilège Scriabine. Artiste Deutsche Grammophon à 22 ans et jouant avec les plus grands orchestres du monde, elle souhaitait suivre une journée de cours avec Radu Lupu, voisin de Verbier puisqu'il était à Lausanne. A son retour, l'artiste adulée demanda de participer à la masterclasse de Dimitri Bashkirov où elle se joignit aux élèves de l'Académie avec lesquelles, d'ailleurs, elle tissa des liens de compagnonnage. Belle leçon de modestie!
Lera Auerbach, Gautier Capuçon
et Zoryana Kushpler © Aline Paley
Daniel Harding à la tête du VFO
© Nicolas Brodard
Evgeni Kissin © Nicolas Brodard
Barbara Bonney © Nicolas Brodard
Masaaki Suzuki © Nicolas Brodard
Christoph Pregardien et le VFCO
© Nicolas Brodard

J'arrivai un peu en retard lors d'un des deux concerts consacrés à l'intégrale des sonates de Bach par Ilya Gringolts et Masaaki Suzuki à l'église de Verbier. Comme il se doit, on me fit attendre la fin de la première sonate pour entrer. Sur le parvis de l'église,  un moment de bonheur intense: face à moi, les montagnes enneigées ou verdoyantes sous le soleil intense et, venant de l'église, la musique de Bach. Un profond sentiment d'unité. Le soir, dans cette même église, la grande Natalia Gutman prolongeait le bonheur avec trois des Suites pour violoncelle.

Une participante de l'Académie rêvait d'un cours de piano avec Evgeni Kissin. Elle se lança, lui mit la main sur l'épaule et lui demanda gentiment de réaliser ce rêve qui devint réalité... Et Evgeni Kissin lui aussi fut heureux; pour la première fois, il avait enseigné et avait énormément appris disait-il.
Le Quatuor Ebène programmé au Festival pour deux récitals (Quatuors de Beethoven et de Bartok) était ravis de pouvoir participer à la masterclasse d'Alfred Brendel qu'ils suivirent dans un échange des plus constructifs.
Martha Argerich et le VFCO © Aline Paley
Gautier Capuçon © Aline Paley
Linn Harrell © Aline Paley
Elisabeth Leonskaja © Aline Paley
Lisa  Batiashvili © Nicolas Brodard
Ilya Gringolts et Masaaki Suzuki
© Nicolas Brodard
Frank Helmerson © Aline Paley
Nikolai Lugansky © Aline Paley
Markus Werba © Nicolas Brodard
Paul McCreesh et le VFCO © Aline Paley
Renaud Capuçon et le VFCO
© Nicolas Brodard
Antoine Tamestit © Aline Paley
Lors de son discours d'accueil des participants des Académies –piano, violon, alto, violoncelle, musique de chambre, voix- Martin T:son Engstroem insiste sur l'esprit qui anime celles-ci. Réservées à huit participants par discipline et répondant à plus d'un millier de candidatures, le choix est éminemment sélectif et la technique de l'instrument est considérée comme acquise. Outre la "cerise sur le gâteau" dans la formation de chacun, les Académies constituent une sorte de "Networking", un "réseau" où les jeunes ont l'occasion de rencontrer des "facilitateurs" de leur carrière: agents artistiques, chefs d'orchestre, directeurs de maisons de disques, sponsors,... avec lesquels sont d'ailleurs organisés des repas quotidiens. "Une sorte de Davos pour la musique. A vous d'être éveillés et de faire preuve d'initiatives" dira encore Martin T:son Engstroem. 
Yuri Bashmet © Nicolas Brodard
Kit Armstrong © Nicolas Brodard

Quand c'est fini…

… ça ne l'est pas. Le Festival a gonflé une dernière fois la Salle des Combins, les Académies ont fermé leurs portes et la station change de visage, les Festivaliers cédant la place aux Aoûtiens.
Pour le Verbier Festival Chamber Orchestra, ce n'est le temps ni de la nostalgie, ni du repos. La vie continue. En d'autres termes, ce 2 août, lendemain de la clôture des festivités, il entre de plein pied dans sa saison et de quelle manière! Rien moins que de rejoindre les violonistes finalistes du Concours Tibor Varga qui proposent les Concertos de Tchaïkovski (Vladyslava Luchenko, Ukraine, et Harriet Langley, Australie) et Sibelius (Alexandra Conunova, Roumanie et Stefan Tarara, Allemagne).
Ces quatre jeunes gens ont défendu leurs programme de première et deuxième épreuves éliminatoires depuis le 25 juillet devant le jury composé d'Adrian Chamora, Francesco de Angelis, Nam Yun Kim, Jacques Mayencourt, Veroniva Schreiber-Kadlubkiewicz et Gilbert Varga sous la présidence de Patrick Varga.
Gabor Takacs-Nagy est complice, comme toujours, dès le premier regard à l'orchestre et au soliste. Son sourire ne le quitte pas tandis qu'il mène l'aventure avec sa rigueur habituelle pour imprimer rythme, pulsion, dynamique, lyrisme, délicatesse, couleur ou panache. De larges heures de bonheur encore.
Après délibération, le jury rappelle que sa décision tient compte des trois épreuves et il n'attribue pas le 1er Prix. Alexandra Conunova et Vladyslava Luchenko se partagent le 2e Prix tandis que le 3e va à Stefan Tarara.
Le Prix de la meilleure interprétation de Bela Bartok et le Prix du Public reviennent, eux aussi, à Mademoiselle Luchenko.

Michelle Debra