Raffaele D'ALESSANDRO

par Antonin SCHERRER

 

Foi de critique, c'est la première fois que cela m'arrive: chroniquer un ouvrage sur un compositeur dont je n'avais jamais entendu parler ni a fortiori entendu une note. Vite, vite, j'ai été écouter quelques bribes de préludes pour piano sur Internet puis commander deux CD. Surprise fort agréable: voilà un musicien de belle valeur! Il est étonnant qu'il soit resté si inconnu, en effet, car sa musique est vigoureuse et tout à fait intéressante. Le livre d'Antonin Scherrer n'est pas hagiographique, mais presque. Né en 1911 à Saint-Gall d'un père italien immigré et d'une mère grisonne, d'Alessandro a dû tôt s'affranchir de l'hostilité parentale quant à son avenir musical. Très national, il tente en vain de s'affirmer dans son pays en tant que pianiste et organiste. En 1934, il part à Paris suivre les cours de 'Mademoiselle' Nadia Boulanger, mais aussi de Charles Tournemire ou Marcel Dupré. Revenu en Suisse dès 1940, il passera le restant de sa courte vie à essayer de percer, ce qui ne lui réussira que partiellement grâce à quelques amis fidèles tels Dinu Lipatti, Paul Kletzki, ou Victor Desarzens. Il connaîtra quelque succès aux Etats-Unis avec l'appui attentif d'Eugène Ormandy et surtout en Allemagne avec Günter Wand, Jean Martinon ou Rolf Liebermann qui tous s'intéressèrent à ses oeuvres. Après avoir écrit deux symphonies, plusieurs concertos et deux quatuors, il meurt brusquement en 1959 et sombre immédiatement dans un oubli total, alors qu'il était considéré comme la gloire montante de la musique suisse. Le présent livre de Scherrer a donc le mérite de le replacer dans son temps (aux côtés d'un Frank Martin, par exemple), et surtout de le faire revivre. D'après l'auteur, d'Alessandro avait une haute conscience de sa valeur et méprisait toute compromission, ce qui le desservit grandement dans la promotion de sa musique. Le temps étant passé, il est peut-être l'heure de reconsidérer ce compositeur à la carrière quelque peu chaotique: l'ouvrage de Scherrer est idéal en ce sens. Très bien enlevé, il donne envie de connaître la musique encore fort inconnue de d'Alessandro. A l'écoute, elle évoque parfois Roussel ou Honegger, sinon Martin évidemment (Sinfonietta). Les préludes pour piano de jeunesse sont remarquables aussi, percutants et très raffinés harmoniquement. Si la lecture de ce livre vous donne des idées, ce qui ne saurait manquer étant donné le talent d'Antonin Scherrer, je vous conseille d'aborder l'oeuvre de d'Alessandro par ces 24 Préludes (Lorris Sevhonkian, Ambitus amb 97906), puis par la Sinfonietta et les concertos pour basson et hautbois de la fin de sa carrière (Zollman, Pan Classics 510 117). Vous entendrez un compositeur attachant, un peu austère sans doute, mais... sans compromis, en effet. Le livre de Scherrer en main, vous aurez grand plaisir à écouter une oeuvre passionnante et nouvelle. Il n'est pas fréquent de faire une découverte totale: voilà une occasion dont tous les vrais mélomanes rêvent. Catalogue des oeuvres, discographie et index complètent la parution, joliment illustrée.

Bruno Peeters

Raffaele D'ALESSANDRO par Antonin Scherrer
Editions Papillon, coll. Mélophiles, Genève 2009, 179 p.

www.fonoteca.ch/green/inventories/d'AlessandroR.htm

Raffaele D'ALESSANDRO

par Antonin SCHERRER

 

Foi de critique, c'est la première fois que cela m'arrive: chroniquer un ouvrage sur un compositeur dont je n'avais jamais entendu parler ni a fortiori entendu une note. Vite, vite, j'ai été écouter quelques bribes de préludes pour piano sur Internet puis commander deux CD. Surprise fort agréable: voilà un musicien de belle valeur! Il est étonnant qu'il soit resté si inconnu, en effet, car sa musique est vigoureuse et tout à fait intéressante. Le livre d'Antonin Scherrer n'est pas hagiographique, mais presque. Né en 1911 à Saint-Gall d'un père italien immigré et d'une mère grisonne, d'Alessandro a dû tôt s'affranchir de l'hostilité parentale quant à son avenir musical. Très national, il tente en vain de s'affirmer dans son pays en tant que pianiste et organiste. En 1934, il part à Paris suivre les cours de 'Mademoiselle' Nadia Boulanger, mais aussi de Charles Tournemire ou Marcel Dupré. Revenu en Suisse dès 1940, il passera le restant de sa courte vie à essayer de percer, ce qui ne lui réussira que partiellement grâce à quelques amis fidèles tels Dinu Lipatti, Paul Kletzki, ou Victor Desarzens. Il connaîtra quelque succès aux Etats-Unis avec l'appui attentif d'Eugène Ormandy et surtout en Allemagne avec Günter Wand, Jean Martinon ou Rolf Liebermann qui tous s'intéressèrent à ses oeuvres. Après avoir écrit deux symphonies, plusieurs concertos et deux quatuors, il meurt brusquement en 1959 et sombre immédiatement dans un oubli total, alors qu'il était considéré comme la gloire montante de la musique suisse. Le présent livre de Scherrer a donc le mérite de le replacer dans son temps (aux côtés d'un Frank Martin, par exemple), et surtout de le faire revivre. D'après l'auteur, d'Alessandro avait une haute conscience de sa valeur et méprisait toute compromission, ce qui le desservit grandement dans la promotion de sa musique. Le temps étant passé, il est peut-être l'heure de reconsidérer ce compositeur à la carrière quelque peu chaotique: l'ouvrage de Scherrer est idéal en ce sens. Très bien enlevé, il donne envie de connaître la musique encore fort inconnue de d'Alessandro. A l'écoute, elle évoque parfois Roussel ou Honegger, sinon Martin évidemment (Sinfonietta). Les préludes pour piano de jeunesse sont remarquables aussi, percutants et très raffinés harmoniquement. Si la lecture de ce livre vous donne des idées, ce qui ne saurait manquer étant donné le talent d'Antonin Scherrer, je vous conseille d'aborder l'oeuvre de d'Alessandro par ces 24 Préludes (Lorris Sevhonkian, Ambitus amb 97906), puis par la Sinfonietta et les concertos pour basson et hautbois de la fin de sa carrière (Zollman, Pan Classics 510 117). Vous entendrez un compositeur attachant, un peu austère sans doute, mais... sans compromis, en effet. Le livre de Scherrer en main, vous aurez grand plaisir à écouter une oeuvre passionnante et nouvelle. Il n'est pas fréquent de faire une découverte totale: voilà une occasion dont tous les vrais mélomanes rêvent. Catalogue des oeuvres, discographie et index complètent la parution, joliment illustrée.

Bruno Peeters

Raffaele D'ALESSANDRO par Antonin Scherrer
Editions Papillon, coll. Mélophiles, Genève 2009, 179 p.

 

www.fonoteca.ch/green/inventories/d'AlessandroR.htm

959391908996 COUV

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