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Les Livres et les Partitions (Archives)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manuel de Falla

par Xavier LACAVALERIE

A l’heure où le ballet Le Tricorne (El Sombrero de tres picos) -aux côtés du Spectre de la rose, de L’après-midi d’un faune et de Petrouchka- est remonté sur la scène de l’Opéra de Paris dans les décors, rideau de scène et costumes originaux de Pablo Picasso et la chorégraphie de Leonide Massine tels qu’ils furent acclamés lors de sa création à Londres en 1919, ce petit ouvrage, d’une plaisante lecture, tombe à pic! On passera sur quelques licences de style inutiles ou douteuses ("dégoter", "un drôle de zozo", "le 1er avril-on ne rit pas-…", "un peu typiquement typique, mais bon", ou encore "une superbe (sic!) vérole") pour communier avec l’auteur à l’âme de l’Espagne et son incarnation en la personne de Manuel de Falla, le génial poète des Noches en los jardines de Espana. Epris de cette terre ibérique, de sa culture, de son histoire, de sa musique, Xavier Lacavalerie brosse ici un portrait personnel, solidement documenté -même s’il ne prétend pas à l’exhaustivité- du compositeur de La Vida breve. Superbement indifférent à l’étroitesse du format auquel il est contraint, il ose des digressions parfois bienvenues, tel l’historique du genre de la Zarzuela, ou d’autres, plus oiseuses. Etait-il bien nécessaire de s’attendrir des pages 19 à 23 sur ses émois scolaires pubertaires, de stigmatiser violemment le tourisme balnéaire de masse dans les années 60 ou, ailleurs, le régime franquiste -au point qu’il essaie de se disculper en en faisant l’aveu: "cette digression peut paraître un brin fastidieuse…"? Passons également sur des affirmations à l’emporte pièce -"la guitare, cet instrument mauresque et andalou par excellence" ou encore "la fugue n’a jamais eu de patrie" pour suivre ce guide engagé dans la calle Antequera alta de Grenade jusqu’à la petite maison blanche du compositeur de L’Amour sorcier (El Amor brujo). L’homme, "don Manuel" comme il le nomme familièrement au fil des pages, se découvre dans sa complexité, ses paradoxes, sa noblesse. Les échanges musicaux intenses d’avant-guerre (Falla fut l’ami de Debussy, Dukas, Ravel, Albéniz, Delage et les "Apaches", Stravinsky, Diaghilev, la Princesse de Polignac), l’atmosphère cosmopolite en même temps que l’affirmation d’une identité espagnole naissante sont opportunément replacés dans le contexte du temps. On sent à quel point le génie protéiforme de l’Espagne irrigue les Siete cancionespopulares espanolas, se précise auprès de son ami le poète Garcia Llorca, se stylise avec Les Tréteaux de Maître Pierre (El retablo de Maese Pedro) et trouve son apogée comme son naufrage dans la cantate scénique inachevée L’Atlantide (Atlantida). Si les origines andalouses et catalanes du musicien né à Cadix le 23 novembre 1876, tout autant que les circonstances de son exil et de sa mort le 14 novembre 1946 à Alta Gracia en Argentine ne sont que survolées, l’essentiel est ailleurs. Ce portrait attachant stimule la curiosité et, plus encore, le désir d’approcher, d’entendre, de ressentir les envoûtements de ce chant  mystérieusement savant et sauvage.

Bénédicte Palaux Simonnet
Actes sud/ Classica, Arles 2009, 163 pp. 17 euros

Annexe comportant chronologie, indications discographiques très argumentées, repères bibliographiques succincts. Glossaire.

L’exposition "Les Ballets russes" (accompagnée d’un superbe catalogue) a lieu jusqu’au 23 mai 2010 à l’Opéra de Paris, Palais Garnier.