Les Livres et les Partitions (Archives)


MUSIQUE ET SOCIÉTÉ
par Charles Koechlin
On sait que Charles Kœchlin (prononcez queuclin) a été un compositeur des plus prolifiques et qu’il a abordé tous les
genres musicaux, en particulier la musique pour orchestre avec des symphonies, des suites symphoniques et des poèmes symphoniques, à l’image des Bandar-log d’après Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling en 1939, sans doute une de ses œuvres les plus prisées par les mélomanes. On sait moins qu’il a également été l’auteur de très nombreux textes théoriques, critiques et polémiques. Musique et société en réunit quarante-deux d’inégale longueur, que ce soit des conférences ou des articles parus dans divers journaux, de 1890 à 1950, l’année de sa mort au Canadel dans le Var, à l’âge de quatre-vingt-trois ans -quarante-deux textes qu’on qualifiera d’engagés, Kœchlin n’ayant jamais caché ses sympathies pour l’idéologie communiste et ayant toujours prôné une musique destinée à un large public populaire, le prolétariat y compris.
En lisant ces textes qui sont présentés ici par le musicologue Michel Duchesneau, on voit tout de suite qu’aux yeux de Kœchlin, la musique est -ou doit être- une affaire sérieuse, très sérieuse, et que, si elle peut divertir, ne serait-ce que par le biais des opérettes ou des musiques de cinéma (les musiques des "cinémistes" comme il dit), elle a d’abord et avant tout pour mission de cultiver le Beau, que "le contact avec la beauté est un véritable viatique qui soutient et qui ranime". Au fond, ce qui intéresse Kœchlin, c’est le rôle social de la musique, c’est la place du compositeur dans la société, c’est la diffusion, la connaissance et la reconnaissance des œuvres nouvelles, les siennes comme celles de la plupart de ses compatriotes qu’il évoque au fil de ses écrits (Fauré, Debussy, Ravel, Schmitt, Roussel, Milhaud, Emmanuel, Pierné, Sauguet…). Dans le combat qu’il mène, il n’est pourtant ni dupe ni naïf. Ce qui lui fait dire par exemple, à l’occasion d’une conférence prononcée en 1917 sur les idées humanistes de Léon Tolstoï et de Romain Rolland: "À force de fixer ses regards sur le peuple seul, à force de rêver d’une musique absolument populaire, Tolstoï en arrive à proclamer qu’une simple chanson est plus belle qu’une symphonie, parce qu’elle est comprise d’un plus grand nombre de gens."
Au rebours de Debussy, de Dukas ou de Honegger, Kœchlin n’est pas un styliste, même si, çà et là, il lui arrive d’utiliser des formules qui font mouche. Mais il ne va presque jamais par quatre chemins pour exprimer ses pensées et dire, souvent haut et fort, ses convictions, ses souhaits, ses regrets et ses détestations. Et c’est la principale raison pour laquelle aucun des quarante-deux textes de ce volume (dans lequel, malheureusement, traînent pas mal de fautes) ne laisse indifférent.
Jean-Baptiste Baronian
Éditions Mardaga, 2009, 446 p., 45 euros