Martinu and the Symphony
par Michael CRUMP
Bien qu’il ait composé pour l’orchestre dès les années 1910, Bohuslav Martinu (1890-1959) ne s’est attaqué au genre symphonique qu’en 1942, une fois la cinquantaine bien sonnée -soit bien plus tard encore que Brahms. Depuis 1926, sous l’influence du concerto grosso baroque, il préférait en effet composer pour des formations plus réduites -hormis dans son fameux opéra Juliette ou La Clé des Songes. Entre 1942 et 1946, il écrit presque coup sur coup les cinq premières symphonies et termine par les Fantaisies Symphoniques (sa Sixième) achevée en 1953. Dans la langue de Shakespeare (quoique dans un style facilement abordable), Michael Crump nous invite à une exploration très pédagogique des œuvres symphoniques du maître de Poliuka. Si les 6 chefs-d’œuvre "centraux" constituent bien évidemment le noyau de l’ouvrage, l’exégète n’en oublie pas pour autant les œuvres orchestrales de jeunesse ni celles qui, au-delà de la Symphonie n°6,voient le compositeur écrire encore pour la phalange symphonique (Les Paraboles, Les Fresques de Pierro della Franscesca, etc...). Crump livre également -en trois chapitres séparés- une brillante synthèse analytique sur le style mélodique, l’harmonie et l’art de l’orchestration de Martinu en picorant quelques exemples hors des strictes frontières de l’objet de son étude. Cette somme de 500 pages, qui contient presque 200 exemples musicaux, s’appuie sur la littérature existante que Crump n’hésite pas à prendre à contre-pied lorsqu’il le juge nécessaire, ajoutant ainsi à l’intérêt de cette analyse extrêmement pertinente et indispensable, que l’on adhère ou pas à tous les points de vue de l’auteur. La force de ce livre est de ne pas s’adresser aux seuls professionnels mais d’être accessible à tout un chacun ayant quelques notions de théorie musicale. On regrettera seulement l’absence de tableaux synoptiques systématiques reprenant la structure des œuvres (pour une meilleur vision d’ensemble) et le ton de la conclusion, qui dévie vers un procès d’intention fait… à la critique et à certains commentateurs. Qu’à cela ne tienne, l’intérêt de cette "bible" n’en est pas affecté. Cet ouvrage trouve une place de choix dans la bibliothèque des admirateurs de Martinu, aux côtés de ceux de Šafránek (Divadlo Bohuslava Martinu -traduit en anglais et en allemand), Halbreich (Bohuslav Martinu –Werkverzeichnis und Biografie-version 2007- et l’étude de Juliette qu’il signe dans l’Avant Scène Opéra n°210) et Erismann (Bohuslav Martinu, un musicien à l’éveil des sources). Le même éditeur (Toccata Press) livrera bientôt un volume de correspondance du compositeur avec sa famille et ses amis restés en Tchéquie. Un pas de plus dans la documentation consacrée au musicien.
Nicolas Derny
Toccata Press, 2010, 512 p, + /- 60 euros
Martinu and the Symphony
par Michael CRUMP
Bien qu’il ait composé pour l’orchestre dès les années 1910, Bohuslav Martinu (1890-1959) ne s’est attaqué au genre symphonique qu’en 1942, une fois la cinquantaine bien sonnée -soit bien plus tard encore que Brahms. Depuis 1926, sous l’influence du concerto grosso baroque, il préférait en effet composer pour des formations plus réduites -hormis dans son fameux opéra Juliette ou La Clé des Songes. Entre 1942 et 1946, il écrit presque coup sur coup les cinq premières symphonies et termine par les Fantaisies Symphoniques (sa Sixième) achevée en 1953. Dans la langue de Shakespeare (quoique dans un style facilement abordable), Michael Crump nous invite à une exploration très pédagogique des œuvres symphoniques du maître de Poliuka. Si les 6 chefs-d’œuvre "centraux" constituent bien évidemment le noyau de l’ouvrage, l’exégète n’en oublie pas pour autant les œuvres orchestrales de jeunesse ni celles qui, au-delà de la Symphonie n°6,voient le compositeur écrire encore pour la phalange symphonique (Les Paraboles, Les Fresques de Pierro della Franscesca, etc...). Crump livre également -en trois chapitres séparés- une brillante synthèse analytique sur le style mélodique, l’harmonie et l’art de l’orchestration de Martinu en picorant quelques exemples hors des strictes frontières de l’objet de son étude. Cette somme de 500 pages, qui contient presque 200 exemples musicaux, s’appuie sur la littérature existante que Crump n’hésite pas à prendre à contre-pied lorsqu’il le juge nécessaire, ajoutant ainsi à l’intérêt de cette analyse extrêmement pertinente et indispensable, que l’on adhère ou pas à tous les points de vue de l’auteur. La force de ce livre est de ne pas s’adresser aux seuls professionnels mais d’être accessible à tout un chacun ayant quelques notions de théorie musicale. On regrettera seulement l’absence de tableaux synoptiques systématiques reprenant la structure des œuvres (pour une meilleur vision d’ensemble) et le ton de la conclusion, qui dévie vers un procès d’intention fait… à la critique et à certains commentateurs. Qu’à cela ne tienne, l’intérêt de cette "bible" n’en est pas affecté. Cet ouvrage trouve une place de choix dans la bibliothèque des admirateurs de Martinu, aux côtés de ceux de Šafránek (Divadlo Bohuslava Martinu -traduit en anglais et en allemand), Halbreich (Bohuslav Martinu –Werkverzeichnis und Biografie-version 2007- et l’étude de Juliette qu’il signe dans l’Avant Scène Opéra n°210) et Erismann (Bohuslav Martinu, un musicien à l’éveil des sources). Le même éditeur (Toccata Press) livrera bientôt un volume de correspondance du compositeur avec sa famille et ses amis restés en Tchéquie. Un pas de plus dans la documentation consacrée au musicien.
Nicolas Derny
Toccata Press, 2010, 512 p, + /- 60 euros
Les Livres et les Partitions (Archives)
