
Deux Maîtres de la musique française
Charles GOUNOD par Gérard Condé
Camille SAINT-SAËNS, le Beethoven français par Philippe Majorelle
Deux maîtres absolus de la musique française se voient honorés par des ouvrages théoriques importants, quoique de qualité inégale.
Le Gounod de Gérard Condé est l'oeuvre d'une vie. Une vie de réhabilitation pour un compositeur glorieux, puis méprisé, oublié, toléré, redécouvert, remis à l'honneur enfin. L'ouvrage est fort habilement conçu et passionne par sa structure. Gounod est tout d'abord mis en perspective, en quelques pages saisissantes, qui le présentent au regard de son passé et de son temps. L'auteur cerne sa nouveauté dans le paysage musical, cette qualité unique de nouveauté qui redécouvre l'émotion au gré d'une invention mélodique unique. Après quelques portraits de contemporains, Condé entame un bref parcours biographique année par année, en n'omettant pas « le mirage anglais », fameuse et fâcheuse escapade de 1870 à 1874, qui a fait les délices des paparazzi d'alors. Mais l'essentiel est bien sûr l'analyse de l'oeuvre, partie principale. Condé examine les opéras, bien sûr, en insistant sur les ouvres moins connues telles La Nonne sanglante, Ulysse, Cinq-Mars, ou Maître Pierre. La musique sacrée, volet imposant, est bien approchée. Le plus étonnant est la part énorme consacrée aux mélodies, cantiques, choeurs et motets : il y a là sans doute beaucoup à découvrir. Condé n'oublie pas la musique de chambre, restreinte mais de qualité (les quatuors à cordes entre autres, que l'on redécouvre). Les écrits de Gounod clôturent l'étude. Suivent un catalogue complet des oeuvres, une bibliographie et un index. L'ouvrage de référence pour longtemps.
Paris, 2009, Editions Fayard
A cette aune, le petit livre que Philippe Majorelle consacre à l'auteur du Déluge (comme on disait à l'époque) pèse moins. Mais il a l'immense mérite d'être là, au milieu d'une production inexistante, hormis le bel essai de Jean Gallois (Mardaga), ou la grande biographie en anglais de Brian Rees. Dire que Saint-Saëns n'a même pas de site internet ! L'on attend encore et toujours l'ouvrage définitif que prépare Yves Gérard depuis des années. Le livre que voici, modeste mais pertinent, forme, en guise d'attente, une bonne introduction. Il est joliment écrit, et se lit facilement. Un peu trop peut-être car, arrivé à la fin, le lecteur en redemande. Mais ce n'est peut-être pas là sa moindre qualité.
2009, Editions Séguier
Bruno Peeters
Les Livres et les Partitions (Archives)


Deux Maîtres de la musique française
Charles GOUNOD par Gérard Condé
Camille SAINT-SAËNS, le Beethoven français par Philippe Majorelle
Deux maîtres absolus de la musique française se voient honorés par des ouvrages théoriques importants, quoique de qualité inégale.
Le Gounod de Gérard Condé est l'oeuvre d'une vie. Une vie de réhabilitation pour un compositeur glorieux, puis méprisé, oublié, toléré, redécouvert, remis à l'honneur enfin. L'ouvrage est fort habilement conçu et passionne par sa structure. Gounod est tout d'abord mis en perspective, en quelques pages saisissantes, qui le présentent au regard de son passé et de son temps. L'auteur cerne sa nouveauté dans le paysage musical, cette qualité unique de nouveauté qui redécouvre l'émotion au gré d'une invention mélodique unique. Après quelques portraits de contemporains, Condé entame un bref parcours biographique année par année, en n'omettant pas « le mirage anglais », fameuse et fâcheuse escapade de 1870 à 1874, qui a fait les délices des paparazzi d'alors. Mais l'essentiel est bien sûr l'analyse de l'oeuvre, partie principale. Condé examine les opéras, bien sûr, en insistant sur les ouvres moins connues telles La Nonne sanglante, Ulysse, Cinq-Mars, ou Maître Pierre. La musique sacrée, volet imposant, est bien approchée. Le plus étonnant est la part énorme consacrée aux mélodies, cantiques, choeurs et motets : il y a là sans doute beaucoup à découvrir. Condé n'oublie pas la musique de chambre, restreinte mais de qualité (les quatuors à cordes entre autres, que l'on redécouvre). Les écrits de Gounod clôturent l'étude. Suivent un catalogue complet des oeuvres, une bibliographie et un index. L'ouvrage de référence pour longtemps.
A cette aune, le petit livre que Philippe Majorelle consacre à l'auteur du Déluge (comme on disait à l'époque) pèse moins. Mais il a l'immense mérite d'être là, au milieu d'une production inexistante, hormis le bel essai de Jean Gallois (Mardaga), ou la grande biographie en anglais de Brian Rees. Dire que Saint-Saëns n'a même pas de site internet ! L'on attend encore et toujours l'ouvrage définitif que prépare Yves Gérard depuis des années. Le livre que voici, modeste mais pertinent, forme, en guise d'attente, une bonne introduction. Il est joliment écrit, et se lit facilement. Un peu trop peut-être car, arrivé à la fin, le lecteur en redemande. Mais ce n'est peut-être pas là sa moindre qualité.