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Rencontre
Trio Dali,
le pouvoir de séduction
Leur premier enregistrement consacré à Ravel (Fuga Libera) fut un coup de maître unanimement salué par la critique. S’il s’en montre honoré, le Trio Dali n’est pas à la recherche de ce genre d’honneurs. Ces jeunes musiciens à la tête bien faite veulent juste faire de la musique. Ce n’est pourtant prendre aucun risque que d’affirmer qu’ils seront très vite amenés à tutoyer les plus grands. Animés par un amour inconditionnel de leur art, une délicieuse bonne humeur et des valeurs authentiques, les Dali prouvent avec panache que la maturité artistique n’attend pas le nombre des années. Il se dégage, de leurs interprétations comme d’eux-mêmes, un charme auquel il est difficile de résister. Rencontre avec un trio de choc, révélation la plus enthousiasmante de ces dernières années.
- Comment est né le Trio Dali ?
Amandine Savary : La rencontre a eu lieu dans un festival en Espagne où nous étions invités en solo. Nous nous sommes d’emblée très bien entendus. On ne s’est pas revu pendant un an mais lors de l’édition suivante, au vu de ce qui nous liait humainement, nous avons décidé de jouer ensemble. Nous étions pourtant établis dans trois pays différents : Christian-Pierre habitait Paris, Vineta était installée en Belgique et moi j’étais en Angleterre. C’était donc une sorte de « mission impossible » un peu utopique.
Christian-Pierre La Marca : notre ensemble est né d’une envie de faire du trio d’une manière extrêmement sérieuse, comme le ferait un quatuor à cordes.
Vineta Sareika : Notre première idée était d’aller à Madrid mais comme nous étions déjà dans trois pays différents, nous avons opté pour la Chapelle Reine Elisabeth où j’étudiais déjà en tant que violoniste. Nous y travaillons au rythme de sessions mensuelles.
- Dès votre premier enregistrement vous vous attaquez à Ravel, gros morceau du répertoire. Comment êtes-vous arrivé a ce projet plutôt risqué ?
V.S : Parfois en abordant une œuvre, on sait tout de suite ce que l’on veut en faire, ce qu’on veut y mettre et c’était le cas avec ce programme Ravel.
C-P L.M : Depuis le début de l’aventure « Dali », nous sommes à la recherche des couleurs, des timbres et Ravel s’y prêtait parfaitement. D’autant qu’en parallèle du trio, nous voulons garder notre activité soliste et ce programme le permettait puisque, outre le Trio, il existait deux sonates.
VS : Peu importe la formation, nous avions envie d’explorer le langage de ce compositeur.
- Ce disque a été très bien reçu par la presse; cela met-il une pression supplémentaire pour le prochain enregistrement qui dès lors suscite une attente ?
A.S : Pas du tout. De tout façon, on n'enregistre pas pour les critiques mais par envie de faire de la musique. Nous sommes ravis de cet accueil mais nous n’avons pas fait ce disque dans l’esprit de récolter des récompenses. Maintenant, nous ne nierons pas que cet accueil nous a fait très plaisir. Quand on a lu ça, on a sauté au plafond ! (Rires)
VS : L’important pour nous est de faire passer ce qu’on a envie de transmettre par la musique. C’est l’état d’esprit dans lequel nous étions lors de cet enregistrement et nous aborderons le prochain de la même manière.
- Il est possible de reconnaître certains quatuors à cordes à leur sonorité spécifique. Est-il possible, dans le cas d’un trio à clavier de travailler le son de la même manière ou la « standardisation » des pianos l’interdit-il ?
A.S : C’est absolument possible. Nous essayons de développer une palette sonore et de ne pas nous spécialiser dans une seule sorte de répertoire en ne jouant uniquement que des œuvres françaises, de la musique contemporaine, etc.
C.P.L.M : Nous travaillons le son en fonction d’une époque, d’un style, d’une esthétique particulière. La véritable identité sonore viendra avec le temps. C’est un processus naturel. Dans la recherche des cordes, en ce qui concerne la musique de Beethoven ou Schubert par exemple, nous essayons de trouver un équilibre avec le piano en n'exagérant pas le vibrato. Lorsque nous abordons Haydn, nous essayons de retrouver la notion de basse continue, etc. A chaque répertoire sa spécificité qu’il est important d’essayer de retrouver. Cette partie du travail nous tient beaucoup à cœur.
- Comment travaillez-vous sur une nouvelle oeuvre ?
C.P.L.M : Nous faisons au préalable un gros travail d’analyse de la partition et la première lecture a pour but d’éclaircir la conduite général.
V.S. : En musique de chambre, le principal est de savoir quelle voix doit être prédominante à tel instant et comment établir un équilibre idéal. D’ailleurs nous chantons beaucoup. La veille d’un concert important, chanter aide à remettre les choses en place. Ensuite, il ne reste qu’à prendre l’instrument. Si on chante ensemble, nous sommes certains de pouvoir jouer ensemble. Cela nous aide aussi à choisir des solutions musicales.
- Avez-vous des modèles en matière de trio ?
A.S : Nous écoutons beaucoup de musique mais pas forcément des trios à clavier.
C.P.L.M : Personnellement, j’ai un petit faible pour le trio formé par Isaac Stern, Eugen Istomin et Leonard Rose ou pour Augustin Dumay, Maria-Joao Pires et Jian Wang -dans Brahms notamment. Mais si on est en plein travail sur une œuvre, pour ne pas être influencé et garder notre ligne personnelle, il vaut mieux éviter d’écouter d’autres versions.
A.S : Nous prenons le texte et essayons de voir ce qui s’en dégage plutôt que d’écouter ce qu’en font les autres.
- Y a-t-il un leader dans au sein votre formation ?
V.S : Non, l’important c’est l’écoute réciproque.
C.P.L.M : Dans la vie, l’écoute des autres est importante. C’est pareil en musique, à plus forte raison au sein d’une formation chambriste.
A.S : Nous sommes très flexibles et très à l’écoute des remarques de chacun des membres du trio car nous savons qu’elles sont constructives. L’important c’est l’honnêteté. Si quelqu’un joue faux, on lui dit sans détour et chacun met son ego au placard.
- Sur le plan musical, le travail de répétition n’est-il pas finalement plus intéressant que le concert?V.S : C’est différent. Il arrive, lorsque l’on joue certaines pièces, que la « clé » arrive en concert. Quand on se produit en public, les conditions sont différentes car la notion de partage est importante. Même si on rate un trait, il arrive qu’il y ait une magie particulière qui se dégage d’un concert, magie qui n’existait pas au cours des répétitions.
C.P.L.M : En concert, on joue pour le public et on lui donne tout. Quand on est vraiment très convaincant et que l’on fait passer un vrai message, cela ne trompe pas. Par contre, on est rarement satisfait d’une performance. On est toujours à la recherche d’une perfection qui n’existe pas et on ne mesure pas la réussite d’un concert au nombre d’applaudissements, on sait très bien comment on a joué. Même si parfois on manque du recul nécessaire et que la réécoute de l’enregistrement réserve des surprises. Dans le bon ou le mauvais sens.
- Etes-vous intéressés par la musique contemporaine ?
En chœur : Oui ! ! !
A.S : On en joue beaucoup. Celle de Thierry Escaich, Mauricio Kagel ou encore György Kurtág, avec qui nous avons travaillé, mais on n’évite vraiment de se spécialiser. Nous sommes curieux de beaucoup de choses. Nous essayons toujours d’intégrer de la musique contemporaine dans nos programmes, cela leur confère toujours un bon équilibre.
V.S : Les œuvres contemporaines nous permettent d’avoir une approche différente de la musique. On essaie de trouver des images, des histoires, etc.

- Vous arrivez sur un marché du disque saturé où l’image est devenue un argument de vente qui prime parfois sur la musique. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que Fuga Libera, pourtant peu coutumier du fait, a utilisé plusieurs photos sur lesquelles vous prenez la pose pour illustrer la pochette de votre enregistrement. Comment vous situez-vous par rapport à cela ?
C.P.L.M : Lorsque nous avons enregistré ce disque, nous avons pensé à la musique. Le reste c’est du marketing. Dans ce cas-ci, les photos étaient préexistantes, Michel Stockhem (directeur de Fuga Libera –ndlr) les a trouvées jolies et les a utilisées pour la pochette. Mais c’est un peu un hasard. Et puis, comme personne ne nous connaissais, ça peut être une bonne chose. Mais c’est vrai l’image prend parfois plus d’importance que la musique…
A.S. En ce qui nous concerne, nous n’essayons pas d’utiliser notre image pour sortir du lot. Nous n’avons pas de stratégie de cet ordre là pour nous faire une place sur le marché. Ce qui nous fait vivre, c’est le plaisir que nous prenons à faire de la musique ensemble. Dès lors, le nombre de disques vendus est bien secondaire. Il faut vivre avec son temps et si les producteurs ont envie d’utiliser notre image, qu’ils le fassent. C’est un détail. Quoiqu’il arrive, nous continuerons à exercer notre art et si les ventes suivent, c’est formidable. Mais même si cela ne marche pas, cela ne nous arrêtera pas.
Propos recueillis par Nicolas Derny. Verbier, le 25 juillet 2009
Le Trio Dali est formé de Vineta Sareika (violon), Christian-Pierre La Marca (violoncelle) et Amandine Savary (piano). Auréolés de prix prestigieux (1er prix du Concours International de Musique de Chambre d’Osaka et du Concours International de Trio à clavier de la Commerzbank de Francfort, 2e prix « Young Artists International Auditions » de New York), le trio est remarqué par Menahem Pressler qui déclare : « Ce qui distingue les membres du Trio Dali, tous excellents instrumentistes, c’est leur habileté à phraser leurs idées musicales pour devenir, dans un vrai sens, « Un Trio » ». Le jeune ensemble se perfectionne actuellement à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth auprès du Quatuor Artemis et d’Augustin Dumay. Agenda, Revue de Presse et répertoire sur www.triodali.com
Discographie : Maurice Ravel : Trio, Sonate pour violon et violoncelle, Sonate pour violon et piano (Fuga Libera) –Cf. Crescendo n° 97

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