Après Sainte-Colombe le fils -redécouvert par Jordi Savall (Aliavox)- voici Marais le fils, Roland de son prénom. A dire vrai, il ne nous était pas tout à fait inconnu, Vittorio Ghielmi et Luca Pianca ayant révélé la tendresse de son Nœud d’Amour dans une splendide anthologie de pièces de caractère parue au début des années 2000 et chroniquée ici même (OPUS 111). Toutefois et sauf erreur, ce disque est le premier qui lui soit entièrement consacré. A l’image de son père, Roland fut d’abord un virtuose de la viole. Quantz admirait "la précision et l’élégance" du continuo qu’il assurait avec Forqueray dans le Petit Chœur de l’Opéra. Il est également l’auteur d’une méthode de musique, hélas disparue, ainsi que des Règles d’accompagnement pour la Basse de Viole conservées à la Haye et qui nous livrent de précieux renseignements sur l’ornementation de la basse continue. Enfin, le compositeur nous laisse deux volumes de Pièces pour la viole publiés de son vivant. Roland s’inscrit dans l’héritage paternel tout en s’en démarquant, notamment dans la structure de ses suites: prélude et allemande ne sont pas nécessairement suivis d’une sarabande, mais également d’une seconde allemande ou d’une gavotte qui précèdent le plus souvent deux rondos et parfois un couplet échevelé. Ses effusions (Le Mareuil), ses développements poétiques (La Verrières de C***) n’ont rien à envier à ceux de Marin et il peut, lui aussi, se montrer fantasque comme dans le prélude, aux accents dramatiques et inquiétants, de la 2e Suite (Le Marais, le Saxon). Cependant, les débordements de Forqueray ne le laissent pas indifférent, ainsi qu’en témoigne l’éclat un peu rude de certaines démonstrations (La Vandercruisse). Petr Wagner et ses partenaires signent une performance très aboutie, techniquement irréprochable, sensible (Le Bruneau) et raffinée surtout dans les embellissements, mais le Tchèque est souvent plus prompt à épouser la véhémence du discours (La Marteau crisse beaucoup), sinon à rouler des mécaniques (Le Majestueux, La Chaussez), qu’à s’abandonner (La Des Bordes). C’est affaire de goût, sans nul doute, mais nous avons hâte de retrouver ces œuvres sous d’autres doigts (Pierlot, Müller, Pandolfo). Elles méritent en tout cas d’entrer au répertoire des gambistes et de figurer au programme des concerts.
Bernard Schreuders

Roland MARAIS
(circa 1656-1750)
Pièces de viole : Livre II, 1738, Suites I-IV
Peter WAGNER (viole) - Ensemble Tourbillon: Shalev AD-EL (clavecin), Hana FLEKOVA (viole), Jan KREJCA (théorbe et guitare baroque)
2010 – DDD – 76’24 – Textes de présentation en allemand, anglais et français – ACCENT 24229
Son 9 - Livret 8 - Répertoire 9
Interprétation 8
