Il n’est pas rare à notre époque que l’on désacralise les églises, c’est aussi ce qu’a fait Christina Pluhar avec les célèbres Vespro della Beata Vergine de Claudio Monteverdi. Pour ce faire elle est partie du frontispice de l’édition imprimée de 1610 : « A la Très Sainte Vierge : Messe à six voix pour les chœurs d’église, et Vêpres à chanter à plusieurs voix, avec des concerts spirituels, convenant aux chapelles ou appartements des princes ». S’agit-il là d’une opération commerciale ou bien cela reflète-t-il les intentions artistiques du compositeur ? Monteverdi mentionne en tout cas dans le recueil des variantes simplifiées. L’hypothèse de l’exécution dans les appartements princiers étant retenue, les antiennes ne doivent donc pas être chantées car cela n’aurait de sens que dans le cadre d’une liturgie. D’autre part en se basant sur ce qui se faisait aux environs de 1600 à la cour de Mantoue, l’effectif de chanteurs et instrumentistes est limité à des solistes. Christina Pluhar a en outre pris le parti de prendre des tempi rapides dans les pièces écrites sur un cantus firmus négligeant de la sorte ce dernier au profit des passages virtuoses vocaux et instrumentaux qui sont basés sur lui. Il n’est donc pas étonnant que la présente lecture se distingue du reste de la discographie. Les options choisies sont-elles heureuses ? Elles dérangent les habitudes, notamment par le fait que l’on n’a pas l’impression d’écouter une œuvre dont les différentes pièces sont reliées par un fil conducteur mais plutôt une série d’œuvres différentes interprétées (trop ?) somptueusement par un ensemble instrumental de qualité superlative mais de manière moins convaincante sur le plan vocal (la qualité des chanteurs n’étant pas ici en cause mais plutôt la manière dont ils doivent intervenir).  La forme prime sur le fond, ce dernier, notamment dans son essence spirituelle, ne se doit-il pas d’être perceptible pour que l’œuvre justifie son titre de Vespro ?

Alain Derouane

 

 

Claudio MONTEVERDI

(1567 – 1643)

 

Vespro della Beata Vergine  (1610)

 

L’Arpeggiata dir.: Christina PLUHAR

 

2010/2011 – DDD –75’09’’ – Texte de présentation en français, anglais et allemand – Livret en latin, français, anglais et allemand ; chanté en latin – Virgin 64199429 (+ un DVD bonus)

 

Son 9 - Livret 8 - Répertoire 10  
Interprétation 8

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