Schütz a composé le Musicalische Exequien à la demande du prince Heinrich Posthumus von Reuss, humaniste très croyant qui avait organisé tous les aspects de ses funérailles. Sarcophage (dont de très belles photos illustrent la notice), liturgie, éloge funèbre, tout cela avait été soigneusement préparé. Décédé début décembre 1635, le prince fut embaumé et inhumé début février 1636. L’histoire ne dit pas quand Schütz écrivit l’œuvre, avant ou après le décès. Il la destinait à un ensemble de six à huit voix accompagné d’une basse continue (orgue et basse d’archet). Elle se subdivise en trois parties destinées chacune à un moment de la liturgie. Schütz y fait appel à des voix solistes et à des chœurs, soit une capella à six voix, soit encore d’autres formules telles un choeur grave à cinq voix ou encore un choeur aigu à trois voix. Le jeune ensemble Vox Luminis nous en offre une lecture tout bonnement superbe. Il fallait oser relever le défi d’interpréter une œuvre qui exige une si grande maturité artistique et un si profond degré d’intériorisation... la réussite qui sanctionne la démarche témoigne de son bien-fondé. On admire le jeu subtil des couleurs dans l’expression des affects, le soin apporté à la moindre syllabe, à la moindre voyelle, la lumière qui nimbe le discours. On pourrait, selon les goûts personnels, estimer que cette lecture baigne trop dans l’austérité et la rigueur. Nous sommes plutôt d’avis que c’est cela qui en fait la beauté. Parvenir à traduire l’émotion sans tomber, certains passages y invitent, dans le piège d’une dramatique théâtralité est l’apanage des meilleurs et ce qui est présenté ici s’inscrit parfaitement dans l’atmosphère de recueillement spirituel qui préside à la cérémonie à laquelle l’œuvre était destinée. Quelques motets funèbres complètent ce superbe témoignage. Un mot enfin au sujet de la prise de son qui fait honneur à la qualité de ce que présentent les artistes.
Alain Derouane

Heinrich SCHÜTZ
(1585 – 1672)
Musicalische Exequien, SWV 279 – Motets : Herr nun lässet du deinen Diener in Friede fahen, SWV 432 & 433; Ich bin die Auferstehung und das Leben, SWV 464; Das ist je gewisslich wahr, SWV 277
Vox Luminis, dir. artistique : Lionel MEUNIER
2010/2011-DDD-56'55"- Textes de présentation et livret en français, anglais et allemand ; chanté en allemand – Ricercar RIC 311
Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10
Interprétation 10

