Des ténèbres à la lumière: le riche univers d’Alessandro Scarlatti

par

Alessandro SCARLATTI
(1660 – 1725)
Missa Defunctorum-Magnificat-Miserere-Salve Regina
Ensemble Odhecaton, dir.: Paolo DA COL
2016-DDD-76’35-Textes de présentation en anglais, français, allemand et italien-Arcana A 398

Cette Missa Defunctorum est un excellent exemple de l’art d’Alessandro Scarlatti et de son aptitude à associer l’ancien et le nouveau. Très contrapuntique, elles se signale avant tout par la complexité de sa polyphonie, issue en droite ligne de la Renaissance et de la manière de Palestrina par certaines des techniques employées. Mais on notera également des « choix harmoniques très modernes », pour reprendre les termes de la notice, par exemple l’utilisation du « tétracorde descendant », typique de l’esthétique baroque. Très resserré, parcouru de part en part d’une mélancolie et d’une tristesse inextinguibles, sentiments soulignés par la sombre tonalité dominante de ré mineur et des « couleurs » réduites, ce Requiem d’une saisissante et douloureuse expressivité impressionne durablement et pousse l’auditeur à une introspection sur sa propre destinée. Ecrit en 1717, il appartient à une partie toujours très peu connue de la vie de son auteur mais il est probable qu’il fut joué à l’occasion de plusieurs funérailles de la famille régnante du royaume de Naples. C’est pourtant au 20ème siècle qu’il trouva son usage le plus marquant, à l’occasion de l’enterrement d’Igor Stravinski le 15 avril 1971. Les autres pages offrent un contraste émotionnel saisissant. Le Magnificat propose, presque à chaque phrase, un climat différent où alternent rythmes dansants, arpèges descendants, intervalles dissonants etc. Peu de renseignements nous sont également parvenus sur les circonstances de la composition du Miserere, destiné à la Chapelle Sixtine. Il semble cependant que ce dernier ne fut pas fort apprécié, ce qui n’est guère étonnant de la part d’une autorité pontificale plutôt hostile, ou du moins indifférente, à la nouveauté. Celle-ci semble s’être arrêtée, à l’époque, au Miserere d’Allegri, pourtant bien inférieur, notamment par rapport à la richesse et à la variété harmonique de l’oeuvre de Scarlatti, même si celui-ci a repris, dans sa propre composition, bien des caractéristiques de la pièce de son aîné. Enfin, le Salve Regina est basé sur le propre grégorien qui passe, sur toute la longueur de la partition, d’un pupitre à l’autre, aussi bien instrumental que vocal. L’interprétation est très vivante et dramatique, en particulier dans la Missa Defunctorum, et le lyrisme de Paolo Da Col et de ses compères de l’ensemble Odhecaton fait de ce disque une nouvelle très belle pierre à ajouter à l’édifice consacré à la redécouverte d’un compositeur bien trop méconnu encore. Vaut le détour!
Bernard Postiau

Son 10 – Livret 10 – Répertoire 10 – Interprétation 10

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