Musique russe tout en pudeur bien dosée

par
Glazunov

Dmitri CHOSTAKOVITCH
(1906 - 1975)
Concerto pour violon n°1 op. 99
Alexander GLAZUNOV
(1865 - 1936)
Concerto pour violon op. 82
Nicola Benedetti (violon), Bournemouth Symphony Orchestra, dir.: Kirill Karabits
2017-DDD-59'00-Textes de présentation en anglais, français, allemand-Decca 478 8758

Nicola Benedetti, violoniste écossaise, est très connue de l'autre côté de la Manche où elle a reçu de nombreux prix; elle l'est moins chez nous. Dans le texte de présentation de ce CD auquel elle participe grandement, elle nous dit avoir travaillé à la Yehudi Menuhin School avec des professeurs issus de la "Grande Ecole Russe", Natasha Boyarsky et Lutsia Ibragimova. Comme beaucoup de Russes exilés, ces Dames aiment raconter leur pays, leur musique. Aussi Nicola Benedetti passa-t-elle de nombreuses heures à écouter les grands violonistes russes, des sonorités pour lesquelles elle a eu un coup de foudre. Elle propose ici deux concertos, l'auteur de l'un étant le professeur de l'autre, et quarante années séparent l'oeuvre du premier (1904) de celle du second (1947/55). Mais quelles années !
Le concerto de Glazunov est apprécié des violonistes : une longue rhapsodie sensuelle en trois mouvements qui se suivent, aux larges mélodies empreintes d'accents populaires, un dialogue envoûtant entre le solistes et les divers pupitres de l'orchestre, des trompettes éclatantes pour introduire le Rondo final qui se joue dans l'exubérance truffée d'acrobaties violonistiques,... clin d'oeil à Paganini ? Nous étions en 1904.
Le concerto de Chostakovitch est composé au moment où Andreï Jdanov divulgue son décret contre le "formalisme" en musique. Chostakovitch, Prokofiev et quelques autres sont contraints de passer devant le tribunal de l'Union des Compositeurs et de "se repentir". Chostakovitch termina son concerto mais le laissa dans un tiroir jusqu'en 1955 -Staline était mort depuis deux ans- quand David Oistrakh le créa. Se rapprochant de l'idée d'une Suite en quatre mouvements, chacun de ceux-ci porte nom caractéristique : Nocturne, Scherzo, Passacaille, Burlesque. Un long chant, suivi de "quelque chose de maléfique, de démoniaque et d'épineux" (David Oistrakh), suivi d'une Passacaille d'une intense expressivité et se clôturant par une grande fête populaire où émerge une résurgence du thème de la Passacaille. Chostakovitch est là, bien présent, ironique, sarcastique, toujours au second degré.
Nicola Benedetti joue le Gariel Stradivarius de 1717 dont elle sublime la chaude sonorité. Elle colore l'expressivité avec une pudeur extrêmement bien dosée, comme l'était celle du compositeur meurtri. L'âme russe transparaît dans sa façon de chanter Glazunov, d'entrer dans cet univers fantastique, empli de couleurs. Une belle artiste que l'on est heureux de découvrir aux côtés de Kirill Karabits avec qui elle est en parfaite connivence et de la somptuosité sonore de l'Orchestre de Bournemouth.
Bernadette Beyne

Son 10 - Livret 9 - Répertoire 10 - Interprétation 10 

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