A la découverte de Gina de Francesco Cilea à Venise

par
Gina

Pour le grand public, le nom de Francesco Cilea est lié à un seul ouvrage, Adriana Lecouvreur, et à un air de ténor, « È la solita storia del pastor », le lamento de Federico au deuxième acte de L’Arlesiana. Mais personne (ou presque) ne connaît son premier ouvrage, Gina, composé en 1888 alors qu’il était élève du Conservatorio San Pietro a Majella de Naples ; et c’est en son Teatrino qu’aura lieu la création le 9 février 1889. Intitulée ‘melodramma idillico’, l’œuvre est découpée en trois actes ; et le livret du Napolitain Enrico Golisciani est basé sur une pièce française, Catherine ou la croix d’or de Nicolas Brazier et Mélesville datant de 1835. Assez mal ficelée, la trame a pour toile de fond une contrée française à l’époque napoléonienne. Uberto, tenancier d’auberge, est sur le point de s’enrôler, en abandonnant ainsi sa fiancée, Lilla, et sa sœur, Gina. Sur un anneau de famille, celle-ci jure d’épouser qui se sacrifierait à la place de son frère. Secrètement épris d’elle, Giulio accepte sans révéler son identité. Deux ans plus tard reviendra Uberto en compagnie de Giulio que personne ne reconnaît, pas même Gina, puisqu’il ne peut produire la bague qu’elle lui avait donnée en gage. Mais le sergent Flamberge, détenteur du joyau remis avant une bataille, peut alors l’exhiber en permettant aux deux couples de s’unir.
Sur un pareil libretto, la partition du jeune musicien qui a alors vingt-deux ans accumule les poncifs d’un romantisme tardif mais révèle, notamment au troisième acte, une veine mélodique qui devient chaleureuse dans les scènes intimes, tandis que le vaudeville soldatesque renoue avec les sujets militaires si fréquents dans l’opéra-comique français. Mais ô combien est encore bien loin le raffinement d’écriture d’Adriana, si l’on considère l’orchestration fort convenue et la maladroite répartition des voix féminines qui donne le rôle de Lilla à un contralto et celui de Gina à un mezzosoprano, alors qu’aurait été judicieux l’emploi d’un soprano léger.
Et ceci est évidence dans les quelques représentations que la troupe de La Fenice donne au Teatro Malibran. Le contralto engorgé que Valeria Girardello prête à Lilla contraste peu avec le mezzo d’Adrianna Venditelli qui doit incarner une Gina primesautière négociant des ‘passaggi’ de coloratura. Par contre le ténor Alessandro Scotto di Luzio a les élans généreux de Giulio, le baryton Antonio Gabba, la bonhommie un peu bougonne d’Uberto, la basse Claudio Levantino, la faconde fanfaronne du sergent Flamberge. Mais celui qui s’avère le meilleur garant de la valeur de l’ouvrage est le jeune chef romain Francesco Lanzillotta qui ne relâche jamais la tension dramatique en galvanisant les Chœurs et Orchestre de La Fenice, de haut niveau. Et la mise en scène linéaire de Bepi Morassi narre l’histoire avec simplicité, dans un décor de tubulaires et tentures et des costumes traditionnels de Francesco Coccho et Francesca Maniscalchi, tous deux affiliés à l’Académie des Beaux-Arts de Venise. Et le public manifeste son enthousiasme pour cette découverte.
Paul-André Demierre
Venise, Teatro Malibran, le 12 février 2017

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