A Genève, la découverte du ‘Médecin malgré lui’ 

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Comme deuxième spectacle à l’Opéra des Nations, le Grand-Théâtre de Genève assume l’exhumation du ‘Médecin malgré lui’, le troisième ouvrage de Charles Gounod présenté au Théâtre-Lyrique à Paris le 15 janvier 1858, treize mois avant la première version de ‘Faust’Qui sait pourquoi, l’on ne joue jamais ce petit chef-d’œuvre qui a néanmoins une qualité d’écriture notoire.

Dans le livret dû à Jules Barbier et à Michel Carré, le texte de Molière est scrupuleusement respecté au niveau des dialogues parlés. Et le musicien se livre à un redoutable exercice de style en plagiant Lully, Grétry ou Auber avec une singulière habileté. Le succès que connut la création occasionna 142 représentations jusqu’à 1886. En France, le Festival d’Aix-en-Provence de 1960 l’afficha sous la direction de Serge Baudo dans une mise en scène de Jean Meyer, tandis que l’Opéra-Comique le reprit en octobre 1978 sous la baguette de Sylvain Cambreling.
Ici, dans des décors de Chantal Thomas et des costumes de Jean-Jacques Delmotte, Laurent Pelly conçoit un spectacle délirant avec une gigantesque spirale métallique suspendue dans les cintres avançant côté cour : s’y encastre un indéfinissable bric–à-brac d’où se détacheront, par Dieu sait quel stratagème, une poêle à frire et un balai brandis par Martine et son Sganarelle de mari lors de leur prise de bec initiale. Plus traditionnels ensuite, les deux tableaux de la demeure de Géronte juchée sur une plateforme encadrée de vastes parois et de canapés style XVIIIe. Les costumes transposent l’action à notre époque sans le moindre heurt, en fluidifiant la trame avec une rapidité qui laisse le spectateur pantois. A la tête du Chœur du Grand-Théâtre de Genève (préparé par Alan Woodbridge) et de l’Orchestre de la Suisse Romande, le jeune chef Sébastien Rouland tente d’insuffler cette dynamique à la partition ; mais les ensembles manquent de précision, laissant sourdre une nervosité due vraisemblablement à une première. Par contre, sur scène, Boris Grappe campe un Sganarelle irrésistible par sa faconde, confronté à son épouse (Alima Mhamdi) qui n’est qu’une mégère glapissante. Le Léandre de Stanislas de Barbeyrac est vecteur d’un lyrisme touchant qui aura raison du mutisme de Lucinde (Clémence Tilquin), ce qui amènera la pauvre fille à tenir tête à son père, le cocasse Géronte incarné par Franck Leguérinel. La Jacqueline de Doris Lamprecht joue de la rondeur de ses formes pour éconduire tant Sganarelle que son mari Lucas (José Pazos), efflanqué sempiternellement de son compère Valère (Nicolas Carré). Et le public se prête de bonne grâce à ce jeu de dupes qui le rend hilare durant près de deux heures.
Si l’on compare ce ‘Médecin malgré lui’ à la bien triste ‘Alcina’ qui a ouvert les feux il y a deux mois, l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait dû inaugurer l’Opéra des Nations. Aura-t-on la judicieuse idée de le filmer ?
Paul-André Demierre
Genève, Opéra des Nations, le 4 avril 2016

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