A Genève, un ténor musicien : John Osborn

par
John Osborne
Dans la série de ses récitals de chant, le Grand-Théâtre de Genève invite le ténor américain John Osborn, applaudi ici au cours des saisons 2007-2008 et 2015-2016 dans les rôles du poète Iopas des ‘Troyens’ et d’Arnold de ‘Guillaume Tell’, sa carte de visite d’aujourd’hui. Le dimanche 28 mai, il a partagé l’affiche de la soirée avec son épouse, la soprano americano-bolivienne Lynette Tapia, et la pianiste Beatrice Benzi, accompagnatrice besogneuse qui se contente d’aligner correctement des notes sans percevoir qu’une mélodie ou la transcription de la partie orchestrale d’un air d’opéra nécessitent une envolée lyrique et surtout une sonorité, ce que ne peut revendiquer le chichiteux gazouillis émanant du clavier. Chacun des chanteurs assume une série de lieder et de mélodies, tout en se réunissant pour deux duetti d’opéra. Commençons par John Osborn qui propose d’abord trois pages italiennes : il ose le pianissimo le plus suave afin de susurrer à fleur de lèvres « O del mio amato ben »  de Stefano Donaudy ; puis dans une chanson napolitaine à effet comme « Marechiare » de Francesco Paolo Tosti, au lieu de produire un « forte » racoleur, il allège ses aigus, ce qui contribuera ensuite à la brillance de « La Danza » de Rossini. Dans la même esthétique, il inscrit un Brahms insolite en recourant à de blafardes demi-teintes pour ébaucher « O kühler Wald », tandis qu’un souffle passionné emporte « O liebliche Wangen » et irise le phrasé de « Botschaft ». En seconde partie, il livre les quatre pages les plus célèbres d’Henri Duparc, en développant « L’Invitation au voyage » dans une ligne de chant qui ne force jamais la moindre sonorité et qui lui fait effleurer les notes hautes dans une « Chanson triste » véritablement douloureuse ; les longues phrases de « Phidylé » sont caressées par une voix qui sait devenir astringente, voire même nasale quand les accents véhéments l’éloignent du manoir de Rosemonde. Mais que l’on tombe de haut quand sa partenaire ouvre la bouche ! Le medium tient du grelot enfantin qui semble étrange, surtout lorsqu’un aigu plutôt opulent le recouvre d’une patine rassurante au moment où il faut chanter Fernando Obradors ; mais un don inné pour la comédie a au moins le mérite d’animer les « Coplas de Curro Dolce ». Hors de ses cordes apparaissent les quatre lieder de Richard Strauss qui rendent l’émission trémulante, quoique « passaggi » et « trilli » confèrent une certaine assise à « Amor » sur un texte de Clemens Brentano. Pavées de bonnes intentions se révèlent les « Quatre Chansons de jeunesse » de Claude Debussy, alors que, à nouveau, c’est l’expression théâtrale qui fait passer « Pantomime » et « Pierrot ». En ce qui concernent les duetti d’opéra, les timbres se marient harmonieusement dans le « Tornami a dir che m’ami » de Don Pasquale, tandis qu’au premier acte de Lakmé, le Dieu de la jeunesse nimbe d’un rayonnement poétique plus conséquent les avances de Gérald que les alarmes de la fille des Dieux. En bis, lui chante avec ardeur et brio une mélodie américaine, elle, un « Summertime » émouvant. Mais au sortir de la salle, une évidence : Madame n’est pas Monsieur ! Paul-André Demierre Genève, Opéra des Nations, 28 mai 2017

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