A l’Opéra Bastille, un ‘Don Quichotte’ époustouflant 

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Don-Quichotte

Mathias Heymann et Ludmila Pagliero
© Svetlana Loboff / OnP

Pour célébrer dignement les fêtes de fin d’année, le Ballet de l’Opéra de Paris reprend ‘Don Quichotte’ de Ludwig Minkus dans la chorégraphie de Rudolf Nureyev : s’appuyant sur la conception originale réalisée en 1869 par Marius Petipa puis révisée par Alexander Gorski et Pyotr Gusev, le danseur étoile avait élaboré, en 1966, une première version pour la Staatsoper de Vienne ; puis, quinze ans plus tard, il l’avait remaniée complètement pour la troupe de l’Opéra qui l’avait créée triomphalement au Palais Garnier le 6 mars 1981 dans les décors et costumes de Nicholas Georgiadis ; en 2002, avait été conçue une nouvelle production scénique qui bénéficiait des décors d’Alexandre Beliaev, des costumes d’Elena Rivkina et des éclairages de Philippe Albaric et qui est reprise actuellement à l’Opéra Bastille.

Inspirée des toiles de Goya, l’action se situe d’abord dans la demeure de Don Quichotte, hantée par d’étranges créatures que l’on retrouvera à l’acte II, métamorphosées en tziganes et voleurs de grand chemin se terrant au pied de moulins à vent en enfilade ; et un homme en noir (campé par Cyril Chokroun) entraînera le Chevalier à la triste figure en un univers fantasmagorique où évolueront Kitri, allégorie de Dulcinée, et la Reine des Dryades (personnifiée par Sae Eun Park) et ses compagnes nimbées d’une immatérielle blancheur. En un contraste saisissant, les scènes sur la grande place et dans la taverne ne sont que débauche de rouges vifs, orangés et verts pour recréer une Espagne mauresque à la fin du XVIIIe siècle.
Et cette bigarrure déborde à profusion d’un Orchestre de l’Opéra National de Paris que galvanise un chef moscovite spécialisé dans le domaine de la danse, Valery Ovsyanikov. Sur scène, l’ensemble du Corps de ballet, placé sous l’égide des maîtres Clotilde Vayer, Fabrice Bourgeois et Lionel Delanoë, est éblouissant au même titre que le couple Kitri-Basilio réunissant à nouveau Myriam Ould-Braham et Mathias Heymann : elle joue à ravir les pimbêches boudeuses sachant aguicher autant le chef des bohémiens que son fiancé qu’elle attendrira à coup d’arabesques et de rapides pirouettes ; quant à lui, il est un barbier pétri d’humour qui se gausse de n’importe quelle situation, quitte à faire le mort pour parvenir à ses fins ; et sa maîtrise technique lui permettant d’enchaîner les chassés, entrechats quatre et bonds en cascade, vous laisse pantois, tout autant que le sourire imperturbable qu’il arbore à tout instant. Dans le même sillage, il faut inscrire le jeune Arthus Raveau qui a la morgue arrogante d’un Espada sûr de ses moyens, mais qui n’a aucune prise sur la Danseuse de rue d’Hannah O’Neill, tirant parti de toute occurrence de soutirer de l’argent. Vieux fou épris de gloire chevaleresque, le Don Quichotte d’Alexis Renaud allie déraison pitoyable et une émotion que partagera le Sancho Pança d’Erwan Le Roux, sorte de frère Tuck cachant sous la bure un bon cœur puéril. Grégory Gaillard joue à ravir Gamache, le prétendant stupide, quand Samuel Murez est Lorenzo, père de Kitri, qui ne veut pas se laisser embobiner. Au cœur d’une large distribution, il faut saluer encore les prestations de Charline Giezendanner et Séverine Westermann (les deux amies de Kitri), Paul Marque (un gitan), Jean-Baptiste Chavignier et Ninon Raux (le roi et la reine des tziganes). Au rideau final, d’interminables rappels pour cette 217e représentation de ‘Don Quichotte’.
Paul-André Demierre
Paris, Opéra Bastille, le 30 décembre 2017

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