A l'opéra, pour le meilleur avec Claudio Abbado

par
ABBADO

Claudio ABBADO 
The Opera Edition
Belle idée de DG de publier en un joli cube les dix-neuf opéras enregistrés par Claudio Abbado pour DG ou Decca. Les lyricophiles possèdent sans doute la plupart des enregistrement proposés. Par contre, ceux qui décideraient de faire en 2018 une première incursion dans l'opéra trouveront ici une valeur sûre. Car ce à quoi touche le chef milanais qui nous a quittés il y aura quatre ans le 20 janvier prochain répond le plus souvent à la pertinence et l'à-propos.
De plus il connaît l'art de s'entourer des orchestres et des chanteurs avec qui il entre en parfaite symbiose, avec un art accompli de la communication qui fait de chaque événement une magie d'homogénéité. Tant les musiciens de l'orchestre que les chanteurs ne peuvent cacher leur joie de faire partie de l'aventure. Curieusement, si ce n'est pour l'enregistrement de Falstaff en 2001, on ne le retrouve ici à la tête du Berliner Philharmoniker -qu'il a dirigé de 1989 à 2000- que pour le récital d'arias avec Roberto Alagna, un concert de gala à Berlin avec Marcelo Alvarez, Mirella Freni, Simon Kennlyside et Christine Schäfer et un "Wagner Gala" avec Siegfried Jerusalem, Waltraud Meier, Cheryl Studer et Bryn Terfel (1994). C'est avec le Mahler Chamber Orchestra qu'il fonda en 1997 qu'il accompagne Anna Netrebko (2004) et Jonas Kaufmann (2009). 
C'est en cheville avec La Scala et Giorgio Strehler que le chef enregistra son compositeur de prédilection, Giuseppe Verdi, entouré de plateaux où on croise Mirella Freni, Katia Ricciarelli, Piero Cappuccilli, Placido Domingo ou Shirley Verrett, stupéfiante dans Macbethun enregistrement qui n'a jamais été dépassé au disque. De l'aventure milanaise, on retrouve aussi ici Aïda (1982), Don Carlos (1985), Un Ballo in maschera (1981), Simon Boccanegra (1977), ainsi qu'un récital Verdi en compagnie de Nikolai Ghiaurov (1969) et un CD consacré aux grands choeur verdiens.   
Avec le London Symphony Orchestra, Abbado enregistre Carmen (1978) avec Teresa Berganza dans le rôle-titre, une noble gitane que l'on retrouvait déjà en Angelina dans La Cenerentola (1972) et Rosine dans Le Barbier de Séville (1992) avec l'Europe Chamber Orchestra que le chef parraina peu après sa création en 1981. Avec eux, il enregistra très vite Le Voyage à Reims avec un casting spectaculaire, un enregistrement qui obtint de nombreux prix. C'est avec le même orchestre qu'Abbado rendit justice au Fierrabras de Schubert (1990) en lui imprimant un envoûtant balancement rythmique porté par un élégant plateau. Mais revenons à Rossini et L'Italienne à Alger avec les Wiener Philharmoniker, Agnès Baltsa et Ruggiero Raimondi, fidèles complices du chef (1989). Un Rossini pétillant, un orchestre subtil pour accompagner le chant, l'élégance du geste aussi.
De 1986 à 1991, Abbado fréquente le Wiener Staatsoper et en 1992, avec les Wiener Philharmoniker, il se lance dans l'opéra-phare du XXe siècle : Pelléas et Mélisande qui reste une référence aujourd'hui encore. Le chef obtient des chanteurs un profond investissement dans la complexité et la large palette d'émotions des personnages. Une Maria Ewing à la forte personnalité, la diction parfaite et la noirceur du Golaud de José Van Dam. Abbado savoure, adapte à chaque moment la flexibilité du discours. Un tout grand moment. 
Lohengrin (1994) est le seul opéra complet de Wagner qu'Abbado ait dirigé avec les Wiener Philharmoniker avec Siegfried Jerusalem dans le rôle-titre aux côtés de Cheryl Studer, Hartmut Walker et Waltraud Meier.  
Un autre enregistrement d'opéra mémorable sous la houlette du chef milanais est Wozzeck (1988) qu'il enregistra avec les Wiener Philharmoniker. Abbado éprouvait beaucoup de sympathie pour la Deuxième Ecole de Vienne et, avec cet enregistrement, il positionna ce puissant chef-d'oeuvre de Berg dans les toutes grandes oeuvres du répertoire. Là encore, il s'était bien entouré, avec Hildegard Behrens en Marie et Franz Grundheber en Wozzeck. 
Un détour par la musique russe montre l'éclectisme du chef. Il s'investit en 1990 dans la Khovanschina dans l'orchestration de Chostakovitch et le finale manquant de Stravinsky, tout en revenant le plus possible à l'original de Moussorgski. Abbado réussit ici la prouesse de rendre à l'opéra sa dimension colossale tout en respectant l'intimité des personnages. A nouveau, un grand moment. 
C'est en 2011 que le grand beethovénien enregistra son dernier opéra avec le Mahler Chamber Orchestra et le Lucerne Festival Orchestra : Fidelio auquel il donna les couleurs de la modernité avec Jonas Kaufmann et Nina Stemme. 
Mais on ne peut quitter Claudio Abbado sans évoquer "ses" Mozart, qu'il enregistra avec trois orchestres différents. Avec les Wiener Philharmoniker, il enregistrait Les Noces de Figaro en 1994 puis, profitant d'un orchestre et d'un casting juvénile, il enregistra Don Giovanni en 1998 avec l'Europe Chamber Orchestra et, en 2006, Die Zauberflöte avec le Mahler Chamber Orchestra. Un Mozart léger, aéré, dynamique, spirituel... comme on l'aime aujourd'hui. 
Claudio Abbado, un artiste complet doué d'une élégance et d'un extraordinaire charisme.
Merci pour tous ces merveilleux moments. 
Bernadette Beyne

DG 00289 479 8008 - 60 CD

Son 10 - Livret 7 (pas les textes de opéras vu le choix du cube compact!) - Répertoire 10 - Interprétation 10

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