A Montreux, un pianiste inclassable

par
mikhail pletnev
Pour achever sa série de concerts, le Septembre Musical de Montreux-Vevey invite le Russian National Orchestra et Mikhail Pletnev, son fondateur en 1990 qui, pour cette tournée, œuvre en tant que pianiste soliste. Et c’est donc sous la direction du chef néerlandais Conrad van Alphen qu’est présenté un programme éclectique incluant Prokofiev, Saint-Saëns et Mendelssohn. Dans la Symphonie en ré majeur op.25 dite ‘Classique’ du premier cité, ce qui surprend est la sonorité d’une formation qui n’a aucune spécificité russe. L’Allegro a une allure quelque peu pataude dans un moderato qui recherche délibérément les contrastes de phrasé, alors que le Larghetto s’ingénie à mettre en lumière les détails de la polyphonie des cordes. La Gavotte prend un aspect faussement cérémonieux où se glisse une note ironique quand le finale exhibe la virtuosité d’un prestissimo. En seconde partie, la Quatrième Symphonie en la majeur dite ‘Italienne’ de Mendelssohn est abordée elle aussi à tempo modéré pour permettre la précision de la ligne, même si la stretta donne l’impression curieuse d’être brusquée. En de strictes proportions, l’andante acquiert une sonorité toute religieuse, tandis que le scherzo affiche une nonchalance déambulatoire ; et le finale se laissera emporter par une ébullition jubilatoire. Quant au soliste Mikhail Pletnev, entendu régulièrement à Montreux au cours de ces dernières années, son jeu m’est souvent apparu inégal. Mais pour le concert du 1er septembre, il s’attaque au Deuxième Concerto en sol mineur op.22 de Camille Saint-Saëns en prêtant aux premières mesures le caractère d’un prélude pour orgue avec ses notes tenues lourdement accentuées ; en découle un motif qui exprime l’intériorité de la rêverie, alors que l’allegro scherzando et le finale proscrivent toute esbroufe pour imposer la clarté d’un propos volontiers espiègle. Redonnées à titre de bis, ces deux derniers mouvements acquièrent un trait plus incisif qui suscite le succès du public, tout en déridant l’artiste figé dans sa componction distante. Paul-André Demierre Montreux, Festival du Septembre Musical, le 1er septembre 2017

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