A Parme, un chef-d’œuvre trop peu connu, Jerusalem !

par
Jerusalem

Annick Massis (Hélène), Michele Pertusi (Roger), Ramòn Vargas (Gaston) © Roberto Ricci

Sur un vaste écran, de fascinantes rosaces provenant d’une cathédrale gothique laissent apparaître une chambre nuptiale recouverte de brocarts somptueux, attenant à une chapelle où les croisés toulousains prêteront serment puis assisteront, horrifiés, à un fratricide. Les projections, réalisées par Ideogamma SRL-Sergio Melotti, dégageront ensuite une anfractuosité rocheuse au milieu d’une contrée désertique qui est balayée par des torrents de sable se déversant des cintres. Telles sont les premières images que nous confère la saisissante production que Hugo De Ana a conçue pour cette Jérusalem ouvrant le Festival Verdi 2017 à Parme. Elaborant aussi les décors et costumes, le metteur en scène se réfère constamment à l’esthétique des Prisons de Piranesi : s’amoncellent les ruines de temples romains jouxtant les contreforts montagneux qui entourent Ramla, cité où aura lieu l’injuste scène de dégradation de Gaston de Béarn. S’affalant sur les boucliers des soldats chrétiens, l’auteur du forfait, Roger, frère du Comte de Toulouse, finira par rendre le dernier soupir face à la Ville Sainte libérée. Présentée ainsi, Jérusalem n’est pas que la simple réélaboration française d’I Lombardi alla prima Crociata, créé triomphalement à la Scala de Milan, quatre ans plus tôt, mais bien un grand opéra au souffle dramatique impressionnant incorporant, selon les exigences parisiennes, une longue séquence de ballet chorégraphiée par Leda Lojodice où interviennent almées et derviches tourneurs. Valorisant la grandeur tragique de cette partition, le maestro Daniele Callegari emporte dans un souffle dramatique inaltérable une Filarmonica Arturo Toscanini de tout premier ordre ainsi que l’imposante phalange du Chœur du Teatro Regio. Dans une élocution française bien plus décente que le sabir inintelligible attendu à Pesaro au cours de ces dernières années, s’impose en premier lieu le Roger de Michele Pertusi dessinant d’abord avec difficulté le traître machiavélique avant de laisser éclater son remords lancinant dans sa scène de l’acte II, « Grâce ! Mon Dieu ! » et de bouleverser tout spectateur dans le tableau final. Par la franchise de l’accent lui tient tête le Gaston de Béarn de Ramon Vargas : à l’instar de son Don Carlos, il exhibe la solidité de moyens d’un lirico spinto appelant sur lui la compassion pour son lamentable sort. Annick Massis ne possède pas naturellement la vocalità d’un personnage verdien ; aujourd’hui, l’émission du son est voilée, le phrasé, trop uniforme ; mais elle se jette à corps perdu dans son incarnation qu’elle sait rendre crédible, tout en utilisant sa connaissance du belcanto romantique pour son « Ave Maria »  initial et pour le trio de la vision, « Dieu nous sépare, Hélène ». Pablo Galvez affiche la dignité péremptoire du Comte de Toulouse, Massimiliano Cattelani, la morgue sournoise de l’Emir de Ramla ; mais Deyan Vatchkov sonne trop creux pour personnifier un Légat du Pape proférant l’anathème. Par contre, Valentina Boi assume avec zèle le rôle de la confidente Isaure, Paolo Antognetti, celui de l’écuyer Raymond. A l’issue de la longue représentation, le public manifeste son enthousiasme, conscient d’avoir ‘découvert’ une partition d’importance .                                 Paul-André Demierre Parma, Teatro Regio, première du 28 septembre 2017

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