A Tours : une parfaite inauguration de l'année Gounod

par

© Marie Petry

Philémon et Baucis de Charles Gounod
Créé en 1860, situé entre la première version de Faust, et La Colombe, Philémon et Baucis peut être compté parmi les plus beaux chefs-d'oeuvre de Gounod. Certes, l'intrigue mythologique est mince (pour remercier un couple d'humains qui l'a bien reçu, Jupiter lui accorde la jeunesse, que le couple finit par refuser). Mais l'inspiration mélodique du compositeur a rarement été aussi éloquente, et annonce fréquemment Mireille, par cette simplicité désarmante, secret du succès constant de son oeuvre, jusqu'à nos jours. L'air de Baucis "Ah ! si je redevenais belle" est un exemple parfait de ce charme irrésistible, tout comme la grande scène de Jupiter qui clôt le premier acte. A la création, l'opéra-comique comportait trois actes, Gounod ayant intercalé un deuxième acte un peu particulier, ne faisant pas intervenir Philémon et Baucis. L'acte commençait par un ballet puis dépeignait une révolte des humains contre les dieux, matée par Jupiter. Vite supprimé, cet acte a été réintroduit dans la production de Tours, ce qui en augmentait l'intérêt, bien sûr. Production classique sans doute, mais c'est ce qu'exige un opéra méconnu. La mise en scène respectait l'intrigue, dès le début : couple âgé, Baucis toute grise et Philémon avançant avec une tribune. Vulcain, en motard claudiquant, secondait un Jupiter sobre, qui se parera au dernier acte d'une toge bleue et or d'un plus bel effet. Dans la bacchanale du deuxième acte intervient le choeur. C'est l'instant du ballet, joliment chorégraphié par Elodie Vella. C'est aussi l'unique intervention de la bacchante soliste, incarnée par une Marion Grange fort à son affaire, qui réclame la liberté et la mort des dieux. Elle sera bien sûr terrassée par un Jupiter très fâché, arrivant in extremis ("Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? "), dont la foudre se met à clignoter. Cette lecture au second degré augmentait le plaisir du spectateur. Les allusions à "En marche" ou au "mariage pour tous", tout comme le "Je suis foutu" de Philémon apprenant que son rival est Jupiter, ont joyeusement diverti le public.  Si la mise en scène de Julien Ostini se révélait exemplaire, l'interprétation vocale l'était tout autant : l'on y sentait un beau travail d'équipe. Rôle principal, la Baucis de Norma Nahoum, vieille (duo du début) ou jeune (son merveilleux réveil au III "Où suis-je ?") était idéal de charme et de féminité. Sébastien Droy lui donnait une excellente réplique en Philémon amoureux.. Rôle-phare, Jupiter allait comme un gant à Alexandre Duhamel, toujours à l'aise, même dans la défaite sentimentale finale. Et quel bel air du sommeil en conclusion du premier acte ! Eric Martin-Bonnet a bien défendu son Vulcain , et son air fameux "Au bruit des lourds marteaux d'airain." Magnifique direction d'orchestre de Benjamin Pionnier, dont on ressentait l'affection pour cette musique tentatrice. Merci à l'Opéra de Tours d'avoir si bien inauguré l'année Gounod (1818-2018). Rendez-vous en juin à Paris où l'Opéra Comique programme la rare Nonne sanglante.
Bruno Peeters
Opéra de Tours, le 18 février 2018

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