Aimard, Beethoven et Ligeti

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Dos au public et le piano face à l’orchestre, Pierre-Laurent Aimard, accompagné par la Philharmonie de Chambre de Brême, s’en est donné à coeur joie durant toute une longue soirée, dans un programme éclectique mais d’une grande cohérence. Il se lance d’abord dans la septième pièce des Musica Ricercata, basée sur un ostinato à la main gauche tandis que la main droite déploie une longue mélodie contemplative. D’emblée on y est. On connaît les affinités d’Aimard avec la musique de Ligeti et ses nombreux enregistrements couronnés de succès. Le pianiste enchaîne sans interruption avec le 2e Concerto de Beethoven. Incongru? Après quatre minutes de musique hypnotique et d’un ostinato enivrant, quelle fraîcheur! Ce concerto sent encore Mozart et reste le moins joué des cinq : riche idée de le programmer. Le jeu est très clair et, bien que dirigeant du piano un orchestre au demeurant très autonome, il se permet beaucoup de libertés de jeu et utilise parfois une pédale inattendue chez Beethoven. On sent qu’il a côtoyé Debussy et ses couleurs.
Pierre-Laurent Aimard prend ensuite le micro pour expliquer brièvement le Concerto pour piano et orchestre de Ligeti. Initiative intéressante, sans pédanterie, pour aborder ce chef d’oeuvre complexe. Ici, Aimard dirige et Tamara Stefanovich (une de ses élèves) est au piano. D’une écriture très riche, le concerto ne se laisse pas apprivoiser facilement. L’orchestre est impressionnant de maîtrise et les musiciens s’écoutent bien. La pianiste fait montre d’un beau toucher mais il lui manque parfois la force qu’avait Aimard dans Beethoven. Le Concerto pour piano et orchestre de Ligeti n’est pas très long mais il est très ramassé: tant de couleurs, de thèmes et de complexités rythmiques requièrent une écoute très attentive.
Enfin, dans le Concerto pour deux pianos de Mozart, Aimard dirige l’orchestre du premier piano. Impassible, il développe une énergie colossale alors que Tamara Stefanovich reste un peu plus sur la réserve. Un concert d’une grande qualité et on se fait une joie de réécouter dans quelques jours un artiste aussi complet.
François Mardirrossian
Bruxelles, Bozar, le 17 octobre 2012

 

 

 

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