Alcyone, l'hirondelle marine, ne fait pas le printemps

par
Alcione

Photo : Vincent PONTET

L'alcyone -  hirondelle marine mythologique (identifiée au martin-pêcheur) qui ne niche que sur les flots calmes, symbolisant la Paix, fille du dieu du vent, prête son nom à l'opéra de Marin Marais. Elle était très attendue, pour nombre de raisons, en ce printemps parisien... Pour la réouverture après travaux de la Salle Favart d'abord, pour la concrétisation du projet de Jordi Savall mûri au long de plus de trente années ensuite, pour la découverte d'un opéra jusqu'ici connu uniquement à travers sa célèbre tempête qui a traversé les siècles et aussi pour la mise en scène de Louise Moaty. Trop... sans doute, en dépit d'évidentes qualités et de la conviction des participants. Car la fusion espérée ne se fait pas. Il faut d'emblée surmonter la triple discordance entre la bonbonnière kitsch à peine rafraîchie du théâtre, le décor de hangar sombre animé d'une forêt de cordes sur scène et le style baroque finissant d'une oeuvre créée dans le cadre autrement aristocratique de l'Académie Royale de Musique, le 18 février 1706 (dont on possède encore certaines des toiles peintes d'origine dont celle de la « tempeste » due à Jean Berain). Ensuite, l’œuvre elle même présente des faiblesses. Ainsi du point de vue de l'action dramatique, le livret d'Houdar de la Motte verse dans la sentimentalité - il s'assigne pour but de faire plaindre les héros ! - et il lorgne plus du côté de Glück que de celui de Rameau, perdant en route l'objectif baroque premier : les personnages confrontés aux épreuves doivent se transformer et s'élever au niveau des dieux. Ici, ils n'en finissent pas de périr finalement métamorphosés en volatiles, sans que l'on comprenne très bien pourquoi. A l'inverse, si la musique laisse bien entendu une place à la lamentation, la douceur n'apparaît dialectiquement que  pour mettre en valeur la violence des éléments naturels, des passions destructrices ou la cruauté du destin. A tel point que la fameuse « tempeste » de l'acte IV, scène 4 a focalisé tout l'intérêt au fil des siècles tandis que le reste de la partition était tellement remanié entre la date de la création et la dernière reprise connue de 1771 qu'il ne s'agissait plus guère de la même œuvre. Jordi Savall et son équipe ont repris et mélangé les diverses versions de 1719, 1730, 1741, 1756 et 1771, regroupant le tout sous le titre « Alcione » orthographié sans «y » . Les longueurs qui en résultent sont d'autant moins excusables qu'un tel travail aurait justement permis de les éviter. Heureusement, l'instrumentation voulue par le chef catalan sonne pleine, virile, variée. Le continuo confié au petit chœur (viole de gambe, basse de violon, théorbe, chitarrone, guitare et clavecin) alterne avec de ravissants traits confiés aux flûtes et des percussions variées. L'éoliphone y est largement sollicité tandis que la contrebasse reste  assez invisible (alors qu'elle faisait à l'époque l'une de ses premières apparitions à l'opéra). Les chœurs haletants se fondent efficacement dans la rumeur orchestrale mais peinent dans leurs dernières interventions que l'on écoute... d'une oreille distraite. Car les notes d'intention ont beau nous expliquer que la virtuosité des danseurs acrobates égale celle des musiciens, l’œil est immédiatement happé par le spectacle des corps suspendus, des spirales obsessionnelles, de la chorégraphie torturée et des incessants mouvements de cordages. Rivalité infructueuse où la musique est reléguée en fanfare de cirque. Si bien, qu' au lieu de se renforcer mutuellement, le narcotique et fatal bercement visuel engloutit le délicat monde sonore de Marin Marais. Les costumes ne sont ni beaux, ni laids. Peut-être pire : ils n'évoquent « rien » ! Parmi ce vain tourbillon, la vulnérabilité de l'héroïne n'en ressort que plus intensément et renforce involontairement la compassion désirée par l'auteur. Et c'est bien la mort des « doux alcyons » qui va toucher finalement l'auditeur d'autant qu'elle est chantée avec beaucoup de sensibilité, de présence et de goût, à défaut de puissance, par la toute jeune soprano Lea Desandre. L’émission raide, plate et monochrome de Marc Mauillon dans le rôle omniprésent de Pélée déçoit tandis que Cyril Auvity ( le jeune époux Ceix) au timbre plus flatteur reste fade d'expression et de présence. Lisandro Abadie incarne un Pan rustique tandis qu'Antonio Abete surprend par la disgrâce du timbre autant que par une diction défectueuse (prêtre et Neptune). Sans doute attendait-on trop de cette représentation ? « Pleurez doux alcyons ». Bénédicte Palaux Simonnet Paris, Opéra Comique, 30 avril 2017

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