Allons au cinéma (et faisons quelques détours par la salle de concert)

par

Nino ROTA
(1911 - 1979)
Concerto per archi; La Strada; Roméo et Juliette; Amarcord
Ennio MORRICONE
(°1928)
Gabriel’s oboe; Musica per 11 violini; Arcate di archi; Mosè
Nicola PIOVANI
(°1946)
Il canto dei neutrini; Buongiorno Principessa; La vita è bella
Archi di Santa Cecilia, Luigi Piovano (chef et violoncelle solo)
2017-DDD-72’44- Textes de présentation en anglais, français et italien- Arcana A 440

Il faut parfois se méfier des titres. L’acquéreur de ce cd qui se frotte les mains en pensant se qu’il se plongera dans les enchanteresses délices des inoubliables musiques de films de Nino Rota pour Fellini et Visconti, ou d’Ennio Morricone pour les westerns-spaghetti de Sergio Leone, et même du moins connu Nicola Piovani (qui n’est cependant pas le premier venu, puisque c’est lui qui signa les musiques des trois derniers films de Fellini après la mort de Rota) risque d’être un peu déçu puisqu’il aura droit à 11 minutes de musiques de film de Rota, 7 de Morricone et moins de 5 de Piovani sur les près de 73 minutes de cette parution à la durée généreuse.
Et le reste, me direz-vous? C’est ici qu’il convient de rappeler que Rota et Morricone ont eu une carrière parallèle pour le premier, et dans un premier temps pour le second, consacrée à la musique de concert: Rota dans un style néo-classique auquel il resta toujours fidèle, et Morricone dans le style typique de l’école de Darmstadt des années 1950 et 1960, où brillaient les Boulez, Stockhausen, Maderna ou Pousseur. Quant à Piovani, il s’est également consacré à des oeuvres scéniques.
C’est ainsi que le disque s’ouvre par le Concerto per archi composé par Rota en 1964 pour I Musici (on oublie souvent que l’illustre ensemble romain se consacrait aussi beaucoup à la musique pour cordes du 20ème siècle). On retrouve ici le néo-classicisme bien tourné et le don mélodique de Rota. Le Scherzo continent des rythmes bien chaloupés qui ne surprendront pas les familiers de la musique de film de l’auteur. Outre d’éloquents solos pour violon et violoncelle, l’Aria atteint à des moments de vraie tension et une inattendue profondeur. Quant au Finale (marqué Allegrissimo), il est tout à fait dans l’esprit de celui de la Symphonie classique de Prokofiev. Cette oeuvre de 16 minutes à peine est une belle découverte.
On passe ensuite à deux courts extraits de musiques écrites pour Fellini: le thème de La Strada déchire le coeur comme il se doit, et la musique de cirque est bien réjouissante. Les quelques minutes consacrées à Amarcord permettent aux cordes romaines de montrer leur familiarité culturelle avec ce type de musique: la sonorité n’est pas trop châtiée et les rythmes chaloupés émergent avec naturel. L’extrait du Roméo et Juliette de Zeffirelli est sentimental sans excès.
La partie consacrée à Rota s’ouvre par Gabriel’s oboe, extrait de la musique pour The Mission de Roland Joffé, puis changement de style total avec Musica per 11 violini de 1958, un morceau bien de son temps et qui rappelle les plus belles heures de l’avant-garde de l’époque: gratouillis de cordes, jeu sul ponticello, pizzicatos. Ces 5’39 sont un intéressant témoignage de ce qui se faisait à l’époque. On passe ensuite à Arcate di archi (2016), belle méditation lyrique pour violoncelle (Luigi Piovano) et cordes, musique bien tournée et pensive, dégageant une atmosphère sereine et douce. Dérivé de la bande originale d’une série télévisée italienne de 1974, Mosè (arrangé ici pour violoncelle solo et cordes également) est un beau moment, où le soliste (Piovano, éloquent mais au vibrato parfois excessif) est bien en valeur par une ligne mélodique conduite avec beaucoup d’ampleur.
Les trois dernières plages sont consacrées à Nicola PIovani et débutent par son Il canto dei neutrini (Le chant des neutrons), rhapsodie pour violoncelle, orchestre à cordes, harpe, célesta et percussion. Le début surprend, puisqu’il cite presque littéralement le fameux motif de quatre notes qui ouvre le Premier concerto pour violoncelle de Chostakovitch. (L’hommage est voulu.) L’oeuvre est plaisante, la forme peu rigoureuse, son langage -vraiment très proche de la musique de film- exige une belle virtuosité de la part du soliste, Piovano se montrant tout à fait à la hauteur. Suivent deux brefs extraits de la musique du magnifique La vita è bella de Roberto Benigni (1997), dont le thème principal, infiniment touchant et pudique, conclut le programme en beauté.
Patrice Lieberman

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 7 - Interprétation 8

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