Ancien et Nouveau Mondes se rencontrent à Amsterdam avec Ludovic Morlot

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Ludovic Morlot © Brandon Patoc

Les matinées du samedi de la radio néerlandaise NTR au Concertgebouw d’Amsterdam sont des évènements suivis par un public aussi attentif que régulier. En ce samedi automnal, le prestigieux Concertgebouw offrait un concert de l‘Orchestre Philharmonique de la Radio néerlandaise, cheville ouvrière de ces concerts d’après-midi, diffusés en direct sur les ondes de la radio.
Couronné pour son travail à la tête de l’Orchestre Symphonique de Seattle par un Grammy Award, le chef d’orchestre Ludovic Morlot proposait un programme transatlantique à travers les siècles. Né en 1959, le compositeur américain Sebastian Currier est assurément un grand orchestrateur avec une musique réglée au millimètre dans ses effets et sa maîtrise des pupitres. On reconnaît des révérences à Ives ou Barber dans ses efficaces, mais un peu lisses, Divisions que les artistes proposaient en création néerlandaise et en ouverture du concert. Jeune virtuose étasunien suggéré par le chef d’orchestre : le violoniste Stefan Jackiw affrontait crânement le Concerto n°5 de Mozart. Redoutable stylistiquement et techniquement, les concertos pour violon de Mozart font figures d’épouvantails aux jeunes virtuoses plus à l’aise avec Tchaïkovski ou Sibelius… Très sûr de son jeu, Stefan Jackiw livre un Mozart racé, cultivé et élégant. On peut certes aller plus loin vers des options artistiques radicales, mais ce Mozart séduit. L’orchestre livre un accompagnement au ton juste et à l’énergie bondissante. Tube des tubes, la Symphonie du Nouveau Monde est « le » cheval de bataille quand on veut évoquer les liaisons musicales entre l’Europe et les Etats-Unis. Ludovic Morlot impose une lecture construite et finement musicale. Le chef prend le temps d’imposer un climat et de travailler la masse orchestrale. Jamais brutale, vainement démonstrative ou précipitée, cette lecture fait briller la cohésion d’un orchestre de la Radio néerlandaise dont on note le grand sens du collectif.
Pierre-Jean Tribot
Amsterdam, Concertgebouw, 15 octobre 2016

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