Angelus in musica

par
Meditatio

« Meditatio »
Schola Cantorum Reykjavicensis, dir. Hörđur Áskelsson
2016-58'03''-Textes de présentation en anglais, allemand et islandais; paroles traduites en anglais uniquement-BIS-2200 SACD

Tout est dans le titre! En cette période de l’année où l’obscurité emplit nos soirées et nous pousse à nous blottir au coin d’un feu, la Schola Cantorum de Reykjavik nous invite à nous languir, en toute sérénité, en compagnie de quatorze œuvres pour chœur mixte a cappella. Toutes ont la particularité d’avoir vu le jour au cours des 20e et 21e siècles, d’être plutôt brèves (aucune n’excède 6 minutes), cristallines (préférant à un contrepoint touffu une polyphonie dépouillée, généralement note contre note), tonales ou modales (point de place ici pour l’avant-garde ou la spéculation) et d’un calme olympien. Quelques partitions renommées (le Nunc Dimittis de Pärt, The Lamb de Tavener et O Lux Nata, extrait du requiem Lux aeterna de Lauridsen) se le disputent à d’autres dont l’encre n’est pas encore sèche ou qui ne sont pas parvenues jusqu’ici à s’imposer au répertoire, du moins dans nos contrées. Certaines commémorent des incidents tragiques, à l’instar d’A Child’s Prayer, écrite par le compositeur écossais James MacMillan en mémoire du massacre qui coûta la vie à 16 jeunes enfants et à leur professeur dans une école de Dunblane en mars 1996, ou du Requiem de Jón Leifs, composé en mémoire de sa fille, qui se noya au large de la Suède en 1947; d’autres célèbrent d’heureux événements, comme The Lamb, dont accoucha John Tavener un beau matin de 1982 à l’occasion du 3e anniversaire de son neveu, ou Hvíld, écrite par Áskelsson pour célébrer le 150e anniversaire de sa ville natale, Akureyri, dans le nord de l’Islande. Elles sont d’horizons très divers: Estonie (Pärt), Lettonie (Ešenvalds), Ecosse (MacMillan), Angleterre (Tavener), USA (Lauridsen et Whitacre) ou Islande (Leifs, Sigurbjörnsson et Þorvaldsdóttir – trois figures de proue de la musique moderne et contemporaine islandaise –, ainsi qu’Ingi, Sævarsson et Áskelsson – deux basses et le chef de la Schola Cantorum Reykjavicensis). Apaisées davantage que désolées, ces miniatures introverties se déroulent sur des rythmes lents, enrobés de nuances dépassant rarement le mezzo forte. D’aucuns ne manqueront pas de dire qu’elles sont d’un charme facile, sinon désuet. Sans doute n’auront-ils pas tout à fait tort. Mais les œuvres les plus épurées ne sont-elles pas souvent les plus belles? L’Ave Verum d’un certain Wolfgang Amadeus en est témoin. Au moins aura-t-on évité ici de nous servir des chants d’une beauté factice, fleurant la guimauve, comme l’Agnus Dei de Barber, arrangement commercial de son illustrissime Adagio pour cordes. On ne trouvera pas ici l’ombre d’une enjolivure plombée d’artifices, et rares sont les partitions qui confinent à la mièvrerie, tel le O Salutaris de Ešenvalds (en cause, surtout, les 2 sopranos solos évoluant en tierces). Certes, loin de révolutionner le langage musical, les pièces figurant sur ce disque campent dans la tradition séculaire du chant choral tel qu’on le vit Outre-Manche, et depuis plusieurs décennies également Outre-Atlantique, de même que dans les pays baltes. Eh quoi? Se priverait-on, pour ce seul motif, de quelques instants de grâce? L’interprétation de la Schola Cantorum Reykjavicensis, chœur de chambre fondé il y a tout juste 20 ans se produisant régulièrement à la Hallgrímskirkja, dans la capitale islandaise, est tout en légèreté. Cantonnées dans un registre intimiste qui sied à ces pages mieux qu’à toute autre, les voix, sobres, fraîches et naturelles, semblent être celles d’amateurs de haut niveau, tant les années d’apprentissage ont préservé leur virginité. Le phrasé n’est pas toujours irréprochable, mais n’empêche pas à la magie d’opérer. In musica felicitas!
Olivier Vrins

Son 9 - Livret 7 - Répertoire 7 - Interprétation 8

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