Anniversaire symphonique allemand avec Kent Nagano

par

© Felix Broede

Le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin célèbre ses 70 ans. Né en 1946, dans les ruines de Berlin, à l’initiative des forces américaines, cet orchestre, bien que fort jeune, peut s’enorgueillir d’une grande histoire ; ce dont témoigne la liste de ses directeurs musicaux : Ferenc Fricsay, Lorin Maazel, Riccardo Chailly, Vladimir Ashkenazy, Kent Nagano, Ingo Metzmacher, Tugan Sokhiev et, à partir de 2017, Robin Ticciati. Pourtant, en dépit de la présence de Kent Nagano à la baguette, ce concert (fort long) laissera un souvenir mitigé par un concept peu lisible, par un ton monocorde et par la présence de Mikhail Pletnev au clavier.
Ouvert par la fanfare tirée de La Péri de Dukas, aussitôt suivie des indispensables discours de personnalités politiques (et en Allemagne on aime les longs discours didactiques !), le prélude protocolaire séduisait juste par le visionnage d’un sympathique film retraçant avec finesse et légèreté les 70 ans de l’orchestre. Le concert débuta par la Symphonie de Chambre n°1 d’Arnold Schönberg dans sa version originale. Plutôt lente, mais fine de trait, l’interprétation de Kent Nagano et d’un groupe de musiciens était stylistiquement juste et belle. Un concert anniversaire permet de mettre en avant les solistes de la phalange : un quatuor de musiciens (Viola Wilmsen au hautbois, Karoline Zurl au basson, Wei Lu au violon et Mischa Meyer au violoncelle) affrontait la Symphonie concertante de Joseph Haydn. Rien à dire de cette lecture, fort confortable et luxueuse de cette partition, même si on reste dans une optique « grande tradition ».
Véritable star en Allemagne, le pianiste russe Mikhail Pletnev interprétait de Concerto pour piano de Robert Schumann. Si l’on pouvait déjà s’interroger sur la présence d’un soliste peu lié à l’histoire de l’orchestre, force fut de constater que cette apparition était musicalement hautement problématique ! D’emblée, on reste médusé par la lenteur absolue du tempo revendiqué par Pletnev. Dès les premières notes de l’Allegro affetuoso initial tout apparaît dénervé et décharné et ce pianisme évolue au-delà du décrochage : en chute libre ! Kent Nagano fait preuve de tout son tact interprétatif pour permettre à l’accompagnement orchestral de garder un sens, mais les deux autres mouvements prolongent ce malaise musical ! Certes, les plus zélateurs trouveront dans ces choix musicaux la patte d’un musicien qui déstructure la tradition interprétative, mais il est permis de trouver cette vision complètement hors cadre car justement aussi déstructurée que peu agogique !
Il revenait à Kent Nagano et à un orchestre, enfin réuni en grand tutti, de faire exploser la Valse de Maurice Ravel pour réveiller les musiciens sortis de la torpeur de ce Schumann ! L’interprétation vrombit et fait feu de tout bois, même si la transition est rude.
Au final, on ressort de ce concert partagé entre le bonheur d’avoir vu un orchestre enthousiaste, largement féminisé et multiculturel et les doutes sur un concept de concert peu festif et plombé par un Schumann hors style ! L’orchestre a naturellement un très haut niveau et on pointait même dans ses rangs des invités de prestige comme Céline Moinet, hautboïste de la Staatskapelle de Dresde. Enfin, si l’on était heureux de retrouver Kent Nagano, il était très curieux de noter l’absence du directeur musical actuel Tugan Sokhiev, du directeur musical désigné Robin Ticciatti et d’anciens directeurs musicaux : Riccardo Chailly, Vladimir Ashkenazy ou Ingo Metzmacher !
Pierre-Jean Tribot
Berlin, Philharmonie, le 6 septembre 2016

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