Approche intéressante, mais il y a mieux...

par

Georges BIZET
(1838 - 1875)
Djamileh, opéra-comique en un acte
Jennifer FEINSTEIN (Djamileh), Eric BARRY (Haroun), George MOSLEY (Splendiano), Piotr KAMINSKY (le marchand d'esclaves), Poznanski Chor Kameralny, Poznan Filharmonii Poznanskiej, Poznan Philharmonic Orchestra, dir.: Lukasz BOROWICZ
2017-Live-68'24''- Notice en polonais et en anglais-livret en français-chanté en français - Dux 1412

Ecrit entre La Jolie Fille de Perth (1867) et Carmen (1875), la petite Djamileh n'a jamais eu beaucoup de chance. Inspiré de la Namouna de Musset, le livret de Louis Gallet est ténu : le sultan Haroun change chaque mois de concubine, mais la dernière, Djamileh, ne l'entend pas ainsi, se déguise, et recharme le sultan. Un peu court, sans doute, mais prétexte à un charmant opéra-comique, créé avec succès en 1872. Sa carrière se poursuivit rapidement, dans toute l'Europe, jusqu'à Vienne même, où Gustav Mahler la dirigea en 1898. Puis elle tomba dans l'oubli. Il en existe pourtant deux enregistrements, dirigés par Lamberto Gardelli (Orfeo) et Jacques Mercier (Sony), avec, dans le rôle-titre, respectivement Lucia Popp et Marie-Ange Todorovitch. Même si cette oeuvre, un peu mineure tout de même, n'annonce en rien l'imminente Carmen, elle plaît en tant qu'opéra-comique sans prétention. Certes, il y a des longueurs, comme les finales d'actes, fort conventionnels. Mais à côté, que de charmantes pépites ! L'air lent et rêveur, dit "Ghazel", de Djamileh, par exemple, pas si éloigné de l'art d'un Duparc, ou son lamento "Sans doute l'heure est prochaine" à l'introduction tristanesque, la scène et choeur de l'Almée, au parfum exotique, les excellents couplets de Splendiano "Il faut pour éteindre ma fièvre", qui rappelle un peu la Reine Mab de Gounod, sans oublier les excellents choeurs, de la rêverie initiale au très amusant ensemble des amis d'Haroun admirant une Djamileh non voilée. L'équipe polonaise se tire fort bien de la spécialité française qu'est l'opéra-comique, mais non sans quelques défauts. Jennifer Feinstein, mezzo (et non soprano comme Lucia Popp chez Gardelli), a beaucoup de talent, malgré une tendance à poitriner et un accent redoutable. Son lamento est joliment ressenti. La caractérisation n'est pas à la hauteur de Todorovitch, chez Mercier, hélas. L'Haroun de l'Américain Eric Barry, également bien chanté, est correct mais sans relief particulier. Seul le Splendiano de George Mosley, amant éconduit et rôle secondaire, tranche, et se distingue par son articulation impeccable et un beau sens du phrasé. Pour l'anecdote, les trois phrases parlées du marchand d'esclaves sont dites par Piotr Kaminski, oui, l'auteur des célèbres "1001 opéras" chez Fayard. L'orchestre semble bon et attentif mais enregistré fort loin, et donc un rien diffus. Que conclure ? Parmi les trois versions, l'une se détache nettement, c'est celle de Jacques Mercier avec Marie-Ange Todorovitch, Jean-Luc Maurette et François Le Roux, plus intense et surtout plus idiomatique. La distribution internationale de Gardelli le dessert, malgré l'engagement de Franco Bonisolli et de Jean-Philippe Lafont. Et Lucia Popp n'est pas Djamileh. Merci ici aux interprètes polonais de nous faire redécouvrir cette oeuvre de Bizet, avec tant de talent et tant d'enthousiasme, dans cette intégrale non parfaite, mais qui témoigne de l'intérêt de l'Europe de l'Est pour l'Europe de l'Ouest.
Bruno Peeters

Son 7 - Livret 8 - Répertoire 8 - Interprétation 9

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