Ars Musica : On approche le zénith !

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On connaît la réputation du Japon pour son public concentré, silencieux, fervent. On rêve de ses salles à l'acoustique et l'esthétique splendides. On jalouse la pléthore de phalanges de haute qualité (pas moins de 33 formations permanentes au Japon, dont 12 rien qu’à Tokyo). Mais qui connaît sa musique ?
L’année 2016 marque le 150e anniversaire du début des relations diplomatiques entre le Japon et la Belgique. Pour le célébrer, Ars Musica consacre son festival biennal à l’art nippon. Le concert d’ouverture juxtapose les instruments traditionnels japonais avec le Brussels Philharmonic afin de transporter l’auditeur au ‘pays du sonore levant’. 

Fondé en 1989, le festival poursuit deux buts : la découverte de jeunes talents belges et la programmation de compositeurs de renommée. Ainsi, Ars Musica donne-t-il carte blanche au jeune compositeur belge Frédéric Neyrinck (°1985). « …Sainte-Fuji... » rend hommage à deux peintres, Paul Cézanne et Katsushika Hosukai, ainsi qu’à leur montagne fétiche (le Mont Ste-Victoire et le Mont Fuji) en traduisant sa place en musique. L’œuvre débute avec un fracas, la musique s’impose telle une masse titanesque, rythmée par des pulsations cardiaques. La montagne s’éloigne ensuite, reléguée à l’arrière-plan : l’utilisation judicieuses de diverses sourdines et plans sonores relâche la tension, et clôt l’estampe musicale dans la quiétude.
Daï Fujikura (°1977), représentant de la nouvelle génération de compositeurs japonais, nous livre une adaptation du monde sonore naturel avec Secret Forest. Alors qu’un ensemble réduit de cordes est sur scène, quelques vents solistes sont dispersés astucieusement autour, parmi, et au-dessus du public. La magie s’opère, la forêt surgit. Les oiseaux gazouillent, une cascade ruisselle, le tonnerre gronde. Un basson, au sein même de l’audience, représente l’homme errant dans la forêt tandis que les pizzicatos des cordes, de plus en plus vifs et percutants, évoquent le jeu du biwa. L’atmosphère surréelle captive l’audience qui applaudit chaleureusement à la fois le compositeur et le basson solo qui avait dompté les passages multiphoniques avec brio. Pour sa première belge, cette œuvre fut récompensée par des applaudissements nourris, amplement mérités.
Trois autres œuvres ont été programmées pour cette soirée d’ouverture, dont deux du fameux Toru Takemitsu (1930-1996). En ouverture, son œuvre pour shakuhachi, biwa et orchestre symphonique, November Steps nous émerveille par les sonorités de ces instruments traditionnels trop souvent inexplorées par les compositeurs occidentaux. Un bémol : la subtilité des timbres orchestraux de l’œuvre ne ressort pas sous la baguette de Peter Rundel, si nette et claire soit-elle. Après la pause, ce sont les extraits de la bande sonore du film Ran du même compositeur qui plongent l’auditoire dans le Japon féodal. La partition, évoquant des paysages désolés, est aux antipodes des mélodies sirupeuses ‘à la John Williams’. Finalement, standing ovation pour Mono-Prism de Maki Ishii, écrit pour grands tambours japonais et orchestre dans un spectacle époustouflant, à la fois sonore et chorégraphique !
La biennale d’Ars Musica se prolonge jusqu’au 27 novembre. Plus de 80 concerts originaux sont programmés, avec des artistes et ensembles renommés tels que l’Ensemble Intercontemporain, et le Quatuor Diotima. Un spectacle à ne pas rater prend place le concert du 17 novembre, « Quatuors de Quatuors » rassemblant quatre quatuors, dans des œuvres de Hosokawa, Tavener et une création mondiale d’Annelies Van Parys (www.arsmusica.be)
Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP
Bruxelles, BOZAR, le 12 novembre 2016

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