Au Béjart Ballet Lausanne, une création et un hommage

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Béjart fête Maurice

Le Béjart Ballet Lausanne commémore un double anniversaire : les trente ans de l’établissement de la compagnie à Lausanne (d’où le nom qu’elle porte aujourd’hui) et le dixième anniversaire de la disparition de Maurice Béjart. A cet effet, Gil Roman, l’actuel directeur de la troupe, présente sa nouvelle création, t’M et variations, et Béjart fête Maurice, reprenant dix extraits de ses chorégraphies. «  t’M et variations, c’est l’héritage de Maurice tel que je le vois, et tel qu’il continue à vivre grâce à cet organisme qu’est une compagnie », affirme Gil Roman en une déclaration d’amour à son maître et à la vie. Car l’art de la danse est une écriture en soi où le corps de l’interprète se substitue à la plume. Comme support sonore, il fait appel à Citypercussion réunissant jB Meier et Thierry Hochstätter qui, dans une niche en fond de plateau, utilisent un large instrumentarium incluant des inventions comme le scribophone ou la poutre à une note ; en cinquante minutes, à un rythme implacable qu’assènent les percussionnistes en laissant filtrer quelques bribes de pages symphoniques enregistrées, s’enchaînent quatorze séquences où les danseurs par formation de deux, trois, quatre ou huit se rencontrent dans l’effervescence d’un jour d’allégresse. Pour Béjart fête Maurice, Gil Roman s’explique : « J’ai réuni une suite d’extraits, exactement comme on prépare une fête. Ou comme on compose un récital de chansons, un spectacle festif, une rencontre légère ». Cette rhapsodie chorégraphique s’articule en trois temps forts : 1ère Symphonie (Beethoven, finale), Light (évocation du San Francisco des années quatre-vingts par le groupe The Residents) et IXe Symphonie (troisième mouvement) qui font appel à toute la compagnie. S’y intercalent des pas de deux d’une extrême diversité retraçant vingt-cinq ans de la carrière de Béjart : en de fugaces images, fulgurantes comme des souvenirs, reparaissent Héliogabale magistralement recréé par les danseurs noirs Alanna Archibald et Jaym O’Esso, Im chambre séparée selon l’enregistrement sublime d’Elisabeth Schwarzkopf réunissant Kateryna Shalkina et Julien Favreau et Hamlet sur ‘Such Sweet Thunder’ de Duke Ellington voyant Elisabet Ros dialoguer avec Fabrice Gallarague ; et l’ombre de Patrice Chéreau devenu danseur ou le Pulcinella du Tiepolo pirouettant sur une ouverture de Rossini encadrent la scène du spectre de Dibouk sur musique traditionnelle juive et le rituel hindou de la Danse de Shiva et de Shakti tirée de Bakhti. Et le spectacle s’achève par l’Adagio molto e cantabile de la Neuvième de Beethoven, saisissant message d’espoir qui mène l’ensemble au triomphe et qui nous incite à accourir à Bruxelles, puisque, début janvier, vous aurez la chance de l’applaudir dans l’intégrale de cette symphonie qui demeure l’une des créations majeures de Maurice Béjart. Paul-André Demierre Lausanne, Palais de Beaulieu, 22 décembre 2016 A Bruxelles, Forest National, du 6 au 8 janvier 2017

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