Aux quatre coins du monde

par

Mauricio KAGEL
(1931 - 2008)
Die Stücke der Windrose (Les Huit Pièces de la Rose des vents)
Ensemble Aleph
DDD–2016–62’ 55’’ et 42’ 36’’–Texte de présentation en français et en anglais–Evidence Classics EVCD030

Il n’existe aucune œuvre insignifiante dans le vaste catalogue de Mauricio Kagel, et certainement pas ces Huit Pièces de la Rose des vents, un cycle pour « orchestre de salon » composé de 1989 à 1994. Sous cette dernière désignation ludique, Mauricio Kagel a réuni une clarinette, deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un piano, un harmonium, une percussion et une flûte de pan – des instruments que jouent ici des membres de l’Ensemble Aleph, une remarquable formation dite « à géométrie variable ». Fondée en 1983, elle a déjà à son actif près de trois cents créations et quelque neuf cents concerts. Les huit pièces de l’œuvre renvoient toutes à des lieux réels ou imaginaires, ou encore à des lieux précis, mais que Mauricio Kagel voit à sa façon, selon sa propre expérience de la géographie universelle, lui qui est argentin, mais qui s’est installé à Cologne à l’âge de vingt-six ans, lui qui a sillonné les quatre coins du monde et a cherché, partout où il passait, à laisser son « imagination sonore [s’embraser] spontanément ».
Cette belle formule est de Mauricio Kagel lui-même à propos de Norden, la dernière des huit pièces constituant sa Rose des vents sentimentale. Il précise du reste que Norden devait, au départ, être inspiré par un voyage d’hiver en Sibérie mongole et dans la baie de Hudson chez les Esquimaux Inuits, mais que l’ouvrage s’est bientôt métamorphosé pour devenir l’incarnation musicale d’une « promenade », d’un voyage intérieurs. C’est peut-être la raison pour laquelle il donne la curieuse impression d’aller dans tous les sens et de ressembler parfois à un vibrant embrouillamini aux confins de la cacophonie – reflet d’un profond désordre personnel, pour ne pas dire carrément d’une inquiétude métaphysique. Car on aurait tort, comme certains l’ont fait et continuent de le faire, de considérer Mauricio Kagel comme un iconoclaste de la musique. Il est, d’abord et avant tout, un artiste, un voyant. Et les Huit Pièces de la Rose des vents en sont la preuve par… huit.
Jean-Baptiste Baronian

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 10 - Interprétation 10

 

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