Berlioz s'encanaille

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Benvenuto cellini

© Agathe Poupeney

Benvenuto Cellini
Berlioz n'avait pas le goût heureux en amour. En livret d'opéra non plus. Aujourd'hui comme à la création en 1838, c'est l'une des principales raisons de la « chute » de son Benvenuto Cellini.
La faiblesse de l'intrigue, l'inanité des dialogues, la pauvreté psychologique des personnages n'obèrent heureusement pas l'extraordinaire originalité musicale, la vitalité sonore, les coloris rutilants de l'instrumentation et les innovations toujours surprenantes (vents en particulier) de l'auteur d'Harold en Italie. Toutes qualités qui contrebalancent la fête foraine convulsive installée sur scène. Certes, le talent de Terry Gilliam en matière de gags, mouvements de foule, mimes a déjà fait ses preuves à Londres, Rome, Amsterdam etc... Seul inconvénient : il n'a absolument pas besoin de Berlioz, ni de Benvenuto Cellini : il fonctionne tout seul, en roue libre avec éclat. Et c'est visiblement ce qui plaît au public en dépit de huées vite couvertes (prouvant qu'il y a tout de même quelques égarés venus pour Berlioz et Cellini). L'énergie du chef Philippe Jordan semble accaparée toute entière par le contrôle de l'équipage de voltigeurs en folie qui a pris possession du plateau. Énergie pourtant bien nécessaire pour impulser une musique exubérante, exigeante, composite, qui constitue le véritable objet et centre d'intérêt de cet « opéra symphonique ». D'ailleurs, dès la création dirigée par Habeneck, Berlioz rageait d'une battue qu'il estimait poussive. Il avait d'autant plus raison qu'une certaine lenteur met les chanteurs à l'épreuve dans les airs élégiaques. Néanmoins, le ténor John Osborne dans le rôle titre s'impose par sa diction, son admirable technique comme sa connaissance du style français et sa musicalité . Dans le rôle d'Ascanio, la mezzo canadienne Michèle Losier, vive, brillante, assurée remporte un beau succès notamment avec le rondo «  Mais qu'ai-je donc? » qui fit la gloire de la créatrice Rosine Stoltz. Le duo avec la soprano Pretty Yende (Teresa) est moins heureux, s'étirant en longueur ; le charme et l'irisation du bien joli timbre de cette dernière séduit d'emblée bien que l'interprète se révèle parfois inégale et toujours incompréhensible. C'est d'ailleurs le cas de presque tout le reste de la distribution y compris des Chœurs sauf lorsque Berlioz a écrit leur partie chantée en coulisse ou en fond de scène. Ils assument dans ces moments là un rôle architectural particulièrement important, d'une manière plus policée - et même ! - plus agréablement musicale que d'habitude. Quant à l'ajout par Terry Gilliam d'une pénible parodie de profanation de rite catholique elle semble aussi gratuite que totalement déplacée. Décidément, Berlioz n'a pas de chance à l'Opéra de Paris.
Bénédicte Palaux Simonnet
Paris, Opéra National, Salle de la Bastille, le 26 mars 2018

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