Bizet au piano ? Pourquoi pas ?

par
Bizet

Georges BIZET
(1838-1875)
Grande Valse de Concert - Deux nocturnes - Chasse fantastique - Chants du Rhin -Variations chromatiques -L'Arlésienne, première suite
Johann BLANCHARD (piano)
2017 - 77' 07'' - Notice en français, anglais et allemand - Super Audio CD Musikproduktion Dabringhaus und Grimm MDG 904 2018-6

Ce label entreprenant avait fait paraître en 2012 une quasi-intégrale de l'oeuvre pour piano de Massenet par Stefan Irmer, une révélation pour beaucoup, et que j'avais accueillie ici-même avec beaucoup d'intérêt. Un autre pianiste, tout aussi excellent, s'attelle cette fois à l'oeuvre de Bizet. L'auteur de Carmen était un remarquable pianiste, qui étonna même Franz Liszt. Voici une anthologie, reprenant des pages importantes et d'autres moins. Ces dernières ressortent de la musique de salon, fort en vogue dans ce milieu du XIXème, et que Johann Blanchard joue avec beaucoup de finesse. Ce pianiste, né en France, vit sa carrière en Allemagne et enseigne au Conservatoire de Schwerin (Mecklembourg-Poméranie Occidentale). Auteur, chez MDG toujours, d'un florilège Cécile Chaminade, il aime ces pièces simplement mélodiques, telles la Grande Valse ou les deux Nocturnes, fort influencés par Chopin, et écrites lorsque Bizet étudiait encore. La Chasse fantastique (1865) décrit l'apparition d'esprits dans le ciel. On y sent une certaine patte lisztienne. De la même année datent les Chants du Rhin, ensemble de six pièces en arc, conçues en cycle d'après les tonalités choisies, et d'une durée de 22'. Il s'agissait d'une commande en hommage au poète Joseph Méry, le librettiste d'Herculanum et de Don Carlos. Certaines sont rapides, fluides et joliment mélodiques (L'Aurore, Le Départ), d'autres calmes et feutrées (Les Rêves, Les Confidences). La Bohémienne est vigoureusement rythmée, et permet au pianiste d'alterner puissance et charme. La dernière pièce, Le Retour, dédiée à Saint-Saëns, séduit immédiatement par sa mélodie désarmante, qui doit beaucoup au mentor de Bizet, Gounod. Deuxième morceau costaud du récital, les Variations chromatiques, de 1868,  est une réussite certaine du musicien : il en était d'ailleurs "tout à fait content". Le thème est formé par une gamme chromatique (d'où le titre), suivi par sept variations en mineur puis sept autres majeures, et une coda. L'oeuvre est plutôt austère, et illustre la future tradition de la variation française , celle de Saint-Saëns (Variations sur un thème de Beethoven), de Dukas (Variations, Interlude et Finale sur un thème de Rameau) ou de Vincent d'Indy (Thème varié, Fugue et Chanson). Ce brillant CD termine par la première suite de L'Arlésienne (1872). La musique de scène a été écrite pour un petit orchestre de 26 musiciens, et orchestrée avec génie. Rien de l'éclat de la partition ne transparaît dans la réduction pour piano. L'absence du saxophone dans le Minuetto se fait cruellement sentir, et le bouillonnant Carillon final tombe tout à fait à plat. MDG aurait dû plutôt compléter son CD par les Trois Esquisses Musicales ou, avec l'adjonction d'un second pianiste, par les célèbres Jeux d'enfants.
Bruno Peeters

Son 10 - Livret 10 - Répertoire 8 - Interprétation 10

Vos commentaires

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>