Combat de géants...

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En avant-dernière soirée de finale : la force tranquille colombienne, Santiago Cañon Valencia s’oppose à l’un des favoris du public, le français Bruno Philippe, remarqué lors de son récital en demi-finales.Dès son entrée dans Sublimation, on remarquera la fluidité de Bruno Philippe. Que ce soit dans ses mouvements ou dans sa sonorité, aucune rudesse ne brusquera son interprétation de l’imposé de Toshio Hosokawa. Deuxième constat (qui se confirmera dans son Concerto de Dvorak), le Français a une remarquable projection sonore, passant aisément au-dessus de l’orchestre. Il est certainement bien aidé par son instrument, un Carlo Tononi de 1696. Tous les candidats n’ont pas la chance de se voir prêter un tel instrument ! Nous ne serons toutefois pas entièrement convaincus par son imposé. Le jeune violoncelliste, malgré son expérience considérable, n’aura pas réussi à se démarquer des candidats précédents. Lors de sa lecture du Dvorak, le public découvre un homme de scène aguerri, charismatique et extrêmement volontaire. Le cœur sur la main, Bruno Philippe s’y lance à toute allure et semble oublier de laisser respirer la musique. Une certaine élasticité dans le phrasé lui aurait été bénéfique. Toutefois, l’arbre ne doit pas cacher la forêt : Bruno Philippe a assuré et enflammé la salle avec sa technique irréprochable et son aisance scénique. Santiago Cañon Valencia, seul (et premier) Colombien au Concours Reine Elisabeth, a un parcours atypique, ayant étudié en Nouvelle Zélande, au Texas, et actuellement étudiant à Weimar. En voyant sa photo de biographie, on s’attendrait à un caractère endiablé ! À l’inverse, on sent ce jeune talent extrêmement minutieux, soignant chaque note, chaque effet, chaque détail. Il a été rare d’entendre l’imposé aussi maîtrisé. Néanmoins, on aurait peut-être voulu un peu plus d’interaction avec le public. Même constat pour le premier mouvement du Concerto de Chostakovitch. Ce n’est qu’après que Cañon Valencia se libère, vivant véritablement sa musique, invitant également l’audience à partager ses émotions. D’ailleurs, époustouflant de beauté, son deuxième mouvement, Moderato, a réussi à générer une qualité d’écoute exceptionnelle de la part du public. Ensuite, la cadence du Colombien donnait véritablement la parole à Chostakovitch  -on entendait non seulement sa musique, mais aussi le soliloque existentiel du compositeur. On y ajoute un quatrième mouvement virtuosissime dans lequel le soliste prouve son excellence technique, ne semblant même pas être fatigué à la conclusion d’un concerto éprouvant. Pierre Fontenelle, Reporter de l’IMEP Bozar, le 2 juin 2017

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